Xaman-Ek, de la terre et des hommes

 

 

Photos et propos de Luis, Sergio, Karim, Pierre et Christophe,

recueillis par ©Meve

 

Cette interview entrecoupée de visites d'amis, de départs et de rires a été réalisée à Spa, durant les Francofolies en juillet 2005. Une belle rencontre pleine de vie et de spontanéité qu'il sera difficile de rendre ici.

Pour ceux qui ne les connaissent pas encore, les gars de Xaman-Ek joue depuis 10 ans une musique de fusion, un fruit multicolore comme l'est le groupe lui-même. Au début, ils proposaient surtout un mélange de rock et de hip hop. Au fur et à mesure, chacun a amené ses épices et la musique a poursuivi son évolution vers un son plus métissé, teinté d'accents latinos, de reggae, de ragga et de funk, propre à Xaman-Ek. En concert, le groupe crée la fête avec sa musique qui bouge pour le plus grand plaisir du public.

 

* Quelles sont vos origines familiales et quelle influence ont-elles sur votre musique?

 

Luis et Sergio (chant, percussions et instruments à cordes):

 

"Nos parents proviennent du Chili. Ils y ont été arrêtés et emprisonnés pour raison politique. Ils sont d'abord partis en exil en Belgique, mais ont aussi passé deux ans en Algérie, où Sergio est né. Cette période algérienne explique probablement les influences arabes qui s'inscrivent dans notre musique.

Notre père est retourné au Chili et a été assassiné en 1981. Notre mère, Carmen, a continué la lutte sur le terrain social… Et elle a toujours chanté!

Avoir un héros pour père et une 'battante' sociale pour mère, ça influence... Leur engagement politique a évidemment joué un rôle dans l'orientation de nos textes. Et en ce qui concerne la musique, Xaman-Ek porte la marque des racines de tous les membres du groupe."

 

Karim (batterie et percussions): "Mon père vient du Maroc où il était un opposant de Hassan II. Il est arrivé en Belgique pour y poursuivre ses études.

Au niveau musical, j'ai démarré avec le reggae. J'avais rencontré Luis et Sergio dans un mouvement de jeunesse quand nous étions ados, mais nous nous étions perdus de vue. Je les ai retrouvés plus tard, par hasard… et j'ai rejoint le groupe."

 

Pierre (guitare): "Je suis d'origine sicilienne. Mes grands-parents sont arrivés en Belgique dans la vague italienne d'immigrés venus travailler dans les mines de charbon. Du point de vue sons, je viens du jazz et de la musique Klezmer. Je suis guitariste de Xaman-Ek depuis 2 ans.

 

Christophe (basse): "Je représente l'exception exotique du groupe! Je suis belge, de la région liégeoise. Issu de la scène rock à tendance lourde (rires), je vais maintenant vers le reggae pour la cohérence musicale du groupe. Je fais partie de Xaman-Ek depuis 7 ans."

 

* Comment s'est constitué le groupe? Aviez-vous un projet particulier au départ ou bien s'est-il construit au fur et à mesure?

 

Luis: "Dès le début, nous avions conscience de l'engagement de nos textes. Nous parlons principalement de l'écologie et des dérives de notre société, mais nous tentons surtout de promouvoir de meilleurs rapports entre les êtres humains ainsi qu'une approche plus juste des hommes vis-à-vis de leur environnement.

Le projet a évolué tout naturellement. Musicalement, par exemple, nous avons réadapté notre répertoire de départ en fonction des influences amenées par chacun d'entre nous."

 

Karim: "Nous formons un groupe soudé qui a déjà vécu beaucoup d'aventures musicales. Cela fait de nous des frères. Grâce à cette relation forte, Xaman-Ek devrait pouvoir gravir des échelons et traverser tout ce qui lui arrive en restant uni, malgré les ego, les histoires de fric, etc. qui provoquent parfois l'éclatement des groupes."

 

Luis: "Nous veillons à rester en connexion avec nous-mêmes, nos racines, notre passé… et avec le public, même quand le concert a lieu dans des conditions un peu plus difficiles. Je pense surtout à Forêt où on nous a volé du matériel, il n'y a pas longtemps.

Nous nous considérons un peu comme des ménestrels du Moyen-Age, qui pouvaient jouer à la fois pour le peuple et pour les nobles. Pour nous, l'important est d'établir à chaque fois un vrai contact avec le public, quel qu'il soit. En fait, nous aimons l'alternance entre les concerts grand public et ceux que nous donnons dans des cadres plus alternatifs (comme les fêtes de solidarité, les squats, etc.)"

 

* Qu'est-ce qui vous motive, vous fait bouger?

 

Christophe: "Nous avons presque tous un autre travail, parfois assez fatigant ou qui nous place en tout cas dans un monde fermé. La musique nous aide à rester en contact avec les personnes, la terre,… "

 

Luis: "Elle est aussi l'occasion d'un partage, que ce soit entre les membres du groupe, avec le public ou à travers les rencontres qu'elle nous permet de faire."

 

* Dans quel but vous exprimez-vous? Qu'est-ce que vous espérez retirer (ou donner au public) à travers vos chansons?

 

Karim: "Nous espérons amener un sourire, éveiller des regards,… Notre souhait est que le public puisse prendre comme il veut ce que nous lui offrons."

 

Luis: "Sans oublier l'idée de fête qui est importante dans la culture chilienne. A la maison, notre mère nous a vraiment inculqué cette notion, avec celles d'hospitalité et de partage.

D'un point de vue plus général, nous souhaitons vivre de notre musique et continuer à la semer aux quatre vents pendant de longues années... "

 

* Quels sont vos freins?

 

Luis: "Nous avons tous une vie de famille, un travail et la musique à mener de front. Ces trois vies sont parfois difficiles à concilier, par manque de temps.

L'autre frein vient du peu de moyens financiers dont nous disposons. La musique ne nous rapporte rien et nous devons auto-produire notre CD. Nous n'avons pas encore eu l'occasion d'en réaliser un… nous formions avant tout un groupe de Live. Le public fidèle qui suit Xaman-Ek depuis 10 ans a dû se contenter de quelques démos et de concerts jusqu'à présent. Et plus, il est temps pour nous d'avoir un enregistrement à proposer aux radios et autres médias pour assurer notre promotion. Il nous semble déjà étonnant d'avoir pu faire tout ce chemin sans cela. "

 

* Parlons du CD en cours de réalisation. Dans quelles conditions l'enregistrez-vous?

 

Luis: "Nous n'avons pas de label et seulement un petit subside de la Communauté française.

C'est pourquoi nous demandons au public de souscrire dès maintenant à l'achat de notre futur CD. En nous l'achetant d'avance, les personnes nous donnent les moyens de poursuivre sa réalisation."

 

* Comment peut-on y souscrire?

 

Nous le proposons à la fin de nos concerts, mais on peut aussi remplir un formulaire de commande en se rendant sur notre site www.xamanek.net ou en cliquant ici.

 

* Concrètement, à quel stade en êtes-vous ?

 

Luis: "Nous enregistrons les morceaux petit à petit, dans la cuisine de notre ingénieur du son." (rires)

 

Sergio: "Les sonorités seront différentes du Live, mais nous voulons prendre le temps d'obtenir un résultat dont nous serons satisfaits, pour pouvoir le défendre."

 

* Xaman-Ek a fait la première partie de Bernard Lavillier aux Francofolies, au Casino de Spa. Comment s'est déroulé le concert?

 

Luis et Karim: "Nous avions un peu fantasmé avant, mais l'expérience nous a remis les pieds sur terre. C'est vrai que, côté technique, le matériel qui était à notre disposition était effarant. Pourtant après, nous étions toujours les mêmes!

L'autre nouveauté pour nous a été de nous retrouver devant le public de Spa: il n'était pas conquis d'avance et plus froid. Heureusement, au bout de trois chansons, nous avons réussi à emmener la salle. Donc, du point de vue des réactions du public, le concert a été très positif. Par contre, au niveau des retombées médiatiques, nous espérions plus. Encore une bonne raison pour finaliser notre CD."

 

* Quel est votre plus beau projet passé?

 

"Un des plus marquants est notre concert dans un centre d'accueil pour demandeurs d'asile, à Lint, près d'Anvers. Le public comptait environ 60 ethnies différentes et chacun dansait selon sa propre culture. Pour nous, c'était un moment rare… Un vrai cadeau!"

 

* Comment voyez-vous les relations entre les gens, sur quoi voudriez-vous qu'elles se basent?

 

Luis et Sergio: "Sur la sincérité. Etre soi-même. Nous essayons d'être aussi tolérants que possible, de pouvoir entendre et accepter la vision d'autrui. La communication nous paraît très importante.

Et même si la plupart de nos chansons sont en espagnol, une langue qui n'est pas toujours comprise par le public, la musique fait passer les émotions."

 

Luis: "J'estime aussi que les relations familiales et amicales méritent plus d'intérêt que celui qu'on leur accorde. Etre un bon parent, un conjoint aimable, etc. représente un effort de tous les jours qui est digne d'être mis davantage en valeur!"

 

* Quelle est votre position par rapport au canna?

 

Sergio: "Pour moi, l'herbe est liée à la musique depuis toujours, même si nous ne fumons ni avant ni pendant nos concerts. Je la considère comme récréative et relaxante. Mais ma consommation s'est réduite avec le temps."

 

Karim: "Je suis aussi devenu plus modéré. Je préfère attendre le soir, la fumer quand je n'ai plus d'obligation."

 

Luis: "Il nous est arrivé de la consommer de façon un peu excessive. Depuis, nous avons appris l'amour de l'herbe cultivée naturellement, notamment avec Li Tchènetî, grand connaisseur et poète de la plante. Nous avons aussi découvert ses aspects curatifs et toutes les applications qu'elle permet sous forme industrielle (produits textiles, alimentaires, cosmétiques, matériel de construction, etc.). Enfin, nous avons dans la famille une personne très proche du monde des plantes et elle a contribué à nous y rendre plus sensibles.

Le cannabis peut être une clé de perception de notre interdépendance vis-à-vis de l'environnement et par conséquent nous inciter à le préserver. Pourtant, assez curieusement, lorsque je suis dans un site naturel remarquable, je ne fume pas. La beauté ou la forte présence de la nature me comble et je n'y pense même pas."

 

* Si vous pouviez changer une chose dans votre vie ou autour de vous, quelle serait-elle?

 

Luis: "La mentalité en général. Quand tu allumes la télé, tu as compris!"

 

* A quelle question auriez-vous aimé répondre que je n'ai pas posée?

 

Sergio: "A la base, je n'aime pas les questions!" (rires)

 

Luis: "En général, Sergio fuit les interviews. Mais cette fois, je crois que ça s'est bien passé…"

 

 

Dans la mythologie maya, Xaman-Ek est le nom du dieu de l'étoile polaire. Gageons qu'ils garderont un œil sur elle pour tenir le cap... Longue vie donc à ce Xaman-Ek de tripes et de conscience!

 

Comme les membres du groupes jouent pratiquement tous dans d'autres formations musicales, nous vous parlerons de ces différents projets dès que possible. A suivre...