Root'System... Chaud devant!

 

 

Photos et propos recueillis par Meve en août 2005, lors du festival de reggae RAF, à Aiseau près de Charleroi.

 

Sous la pluie ou le soleil, à tous les coups, Root'System vous chauffe un concert décoiffant, où le public ne peut réprimer ni ses sautillements enthousiastes ni ses cris offensivement pacifiques. Selon leurs propres mots, ils ne veulent pas faire la guerre, seulement la révolution... en chantant et en dansant, parce que c'est beaucoup plus amusant!

 

Le groupe comprend 8 musiciens et un technicien. Il y a le Krok au chant, Waka à la guitare, Wilman à la basse, Robin au clavier, Battitte à la trompette, Laminak au sax, Cirdok à la batterie et le Djé aux percus, sans oublier Niki, celui qui fait que ça se passe côté technique et l'inévitable Karine qui assure la vente de leurs cd. Ensemble, ils produisent un reggae festif qui met la pêche. Ils ne sont ni jamaïcains, ni rastas, se sentant plutôt les héritiers du rock, punk, ska, reggae basque... et de la piperade.

 

* Qu'est-ce qui vous ramène régulièrement en Belgique?

 

Nous aimons jouer ici pour plusieurs raisons. Tous nos grands frères du pays basque y sont passés avant nous et nous nous devions d'y aller aussi. Et puis, nous avons flashé sur les gens, les lieux, les vieilles rues en pierre de Liège et la ganja, dès notre première visite. Les contacts avec les personnes sont faciles, les rencontres s'enchaînent et tout s'emboîte. En plus, on a appris à cultiver l'herbe avec Li Tchènetî, un pote de Liège. Et, comme il dit: "Le pays basque et la Belgique ne sont séparés que par la France!".

 

 

* Comment vous définiriez-vous en un mot?

 

On dirait lasai, qui signifie tranquille en basque et que l'on peut traduire plus clairement par "Bon, on va le faire… Sans se presser, mais on le fait."

 

* Quel projet de groupe aviez-vous au départ?

 

"En démarrant Root'System, Wilman avait simplement l'idée de réunir des potes pour faire la fête, ensemble et en musique.

Nous avions envie de rencontres, de partage, de créer au niveau musical, de nous amuser et de faire passer ce plaisir au public. Si nous avons un message, c'est surtout 'positivité et joie de vivre'! En fait, nous nous situons plutôt sur le plan culturel que politique. Nous sommes basques et intégrons tout naturellement cette identité à notre musique. Cela dit, nous participons parfois à des projets à caractère politique (de gauche: socialistes, communistes, etc.). Mais nous n'appartenons à aucun parti et, au rayon politique, il vaut mieux ne pas nous chauffer parce qu'on démarre au quart de tour!"

 

* Vous avez déjà enregistré deux albums. Sous quel label et dans quelles conditions?

 

Nous avons autoproduit notre premier CD, Lord, en 2001. Wilman avait monté dans son garage un petit studio, du nom de Tribal Brebis. Nous avons fait l'album ensemble, sans producteur, avec très peu de moyens. On l'a enregistré entre nous, exactement comme on l'a voulu et on s'est déchaînés comme des fous. Le groupe Skunk nous a aidés à le distribuer, via son propre réseau, Skunk Diskak. On a pu vendre environ 5.500 albums.

 

Pour le deuxième CD, Bienvenue, nous avions un producteur et nous l'avons réalisé dans une maison de disques. Nous avons bénéficié de beaucoup plus de moyens financiers, ce qui nous a permis d'obtenir un son de grande qualité. Nous avons aussi pu avoir des "invités" sur l'album, entre autres les choristes de Mori Kante, que nous n'aurions pas pu nous offrir. Bienvenue a été enregistré en 2003 au pays basque – une vraie aubaine, le studio n'était qu'à quelques kilomètres de chez nous -, puis le son a été masteurisé à Atlanta, aux E.-U.… Les sonorités sont évidemment très différentes de celles du premier CD, avec des accents très modernes.

Le côté moins positif de cette aventure, c'est que nous nous sommes sentis un peu forcés artistiquement. Pour l'album suivant que nous sommes en train de préparer, nous voudrions retourner vers un son plus root, en utilisant un matériel probablement plus ancien que celui qui nous a servi pour Bienvenue, mais avec la même exigence de qualité. Nous espérons travailler avec un label indépendant et/ou une personne avec laquelle nous pourrons trouver un son qui nous convient.

 

* Vous rendez hommage à la Goutte d'eau sur votre premier album. De quoi s'agit-il?

 

C'est le nom d'un projet mené par une association alternative. Elle était en lutte contre le développement d'un grand axe routier transpyrénéen qui comprenait le percement d'un tunnel dans la vallée d'Aspe, dernier refuge de l'ours brun en France. Ces nouvelles voies devaient relier la France à l'Espagne, notamment pour faciliter le trafic des camions. Le tunnel a été finalement construit, détruisant un site naturel magnifique, alors qu'il n'est d'aucune utilité: les routes de la vallée n'ont pas été adaptées et ne permettent pas le transit des camions. L'association de la Goutte d'eau s'est installée dans une gare désaffectée de la vallée pour y mener un travail d'accueil, d'information, d'animation et de revitalisation de la région.

Nous sommes tombés amoureux de ce lieu où nous avons joué plusieurs fois.

 

* Quel est votre plus beau souvenir de concert?

 

Celui que nous avons donné en Pierreuse, à Liège. Nous avons aimé le cadre (une vieille rue pittoresque), le côté familial de la fête, l'accueil, etc. Tous les habitants du quartier y participaient et ouvraient leurs maisons pour proposer à boire, à manger,…

En général, nous préférons jouer dans cadres originaux et, en tournée, nous logeons si possible chez l'habitant parce que cela nous permet de faire des rencontres.

Parmi nos souvenirs marquants, il y a aussi une ancienne prison pour femmes, en Suisse. Elle avait été reconvertie par le réseau underground en une multitude de locaux de répétition. Les lieux comprenaient également des chambres, une salle de concert où nous avons joué, etc., le tout dans un bel environnement.

 

* Est-ce que vous parvenez à vivre de la musique?

 

Plus ou moins. Une partie du groupe travaille ailleurs à mi-temps, d'autres sont sous statut d'intermittents du spectacle. Pour en bénéficier, ils doivent obtenir 43 cachets sur dix mois et demi. Sur ces cachets, environ 45% sont prélevés par l'Etat qui leur reverse en contrepartie des allocations complémentaires les mois où leurs revenus sont insuffisants. Beaucoup d'entre nous jouent dans d'autres groupes, notamment pour atteindre ce quota de 43 contrats.

 

 

* Comment voyez-vous l'avenir du groupe?

 

Pour nous, Root'System est une belle aventure, mais nous aimerions rayonner plus. Nous avons un palier à franchir, sans avoir encore assez de notoriété pour y parvenir.

En général, nous nous entendons bien, même si quelques-uns râlent et puent des pieds (rires)… Mais nous sommes arrivés à un moment charnière, un peu difficile, avec pas mal de discussions sur le devenir du groupe, etc. Nous espérons dépasser ce cap ensemble. Les concerts nous rendent confiants parce qu'ils sont des temps d'harmonie et de certitudes!

 

* Quelle est votre position par rapport au canna?

 

Nous ne sommes pas vraiment activistes, mais nous revendiquons le droit à l'autoproduction.

 

* Comment envisagez-vous les relations entre les gens?

 

Nous aimerions qu'elles soient basées sur la sincérité. Mais là, on n'a pas envie de ressortir les clichés habituels, surtout qu'on parle de tout ça dans nos chansons…

 

En bref, les Root'System sont des ganja man qui parlent à ceux qui veulent bien les écouter. Quant aux autres, ils peuvent toujours frétiller, le coeur léger...

 

Leur site: www.root-system.com - Vidéos de Root’System: http://www.wat.tv/rootsystem

Pour les contacter, téléphone: 0033/619.53.83.90 et courriel: rootsystem@free.fr