Nuages de plaisir

 

 

©JosNijsten2008 - traduction Punaise!

 

Pas un jour ne passe sans nuées dans ma tête.

Tout a commencé il y a un demi siècle avec les rituels impressionnants de mon éducation catholique.

Elle m'a montré le droit chemin, je lui en suis très reconnaissant.

A l'époque, j'étais un joli petit garçon et au moins une fois par semaine, j'étais envoyé à l'église.

Je suis devenu un visiteur passionné et fidèle.

 

censer.jpgLa raison profonde de mon zèle

était l'omniprésence de l'encens en ce lieu.

 

Il m'a révélé le plaisir de l'inhalation.

Grâce à lui, j'ai trouvé la paix de l'esprit

et de nouvelles portes se sont ouvertes à moi

vers les beautés de la vie.

 

Je flottais sur le nuage gris

qui s'élevait de l'encensoir doré.

Il n'était pas vraiment en or

mais qui s'en souciait?

 

Seules les nuées comptaient,

m'emportant au loin,

libre comme l'air.

 

Et c'était mon plus cher souhait.

A l'insu de mon plein gré (*),

j'étais devenu accro à la liberté.

 

 

Les premiers symptômes sont apparus

quand les obligations religieuses

commencèrent à mordre sans grâce

mon irrépressible appétit de liberté.

 

 

Je me suis débrouillé pour échapper à ce monde de robes et de travestis

Je suis parti en quête d'un substitut digne de remplacer l'encens perdu.

 

A l'entrée de l'adolescence, je n'ai plus pu résister mes poumons réclamaient les fumées de l'encens.

 

C'est à ce moment que je me suis tourné vers l'industrie du tabac.

Il est vrai que des médecins réputés recommandaient chaudement Camel.

 

Quelques années plus tôt, aux réunions catholiques de famille, j'avais été introduit à une autre grande joie de ma vie.

Avec la complicité bienveillante de tante Sherry et d'oncle Gin, je lapais les restes de spiritueux

que je parvenais à recueillir au bord des tables.

 

Ma famille a réagi unanimement: j'étais devenu un vrai petit homme.

Après tout, j'avais déjà six ans!

 

Mais l'encens et son odeur de sainteté ne se laissent pas oublier si facilement.

Par un jour de gloire, j'ai retrouvé son parfum dans le Rouge Libanais et l'Afghan Noir.

 

Leurs nuages avaient cette même force impérieuse et ils pouvaient m'emporter au loin sans les étranges rituels religieux.

Ô merveille, leur effet était instantané.

 

Etait-ce là le damné secret, le Shit sanctifié!

Soudain, je comprenais tout, même le langage des prédicateurs.

 

Mais un jour, qui sait pourquoi?,

le Liban comme l'Afghanistan se retrouvèrent dans les griffes de l'industrie guerrière

et la source céleste s'est tarie.

 

L'herbe hollandaise est arrivée juste à temps.

C'était un autre présent des dieux.

Toutes ces variétés différentes, avec des nuages inédits, c'était Byzance et la corne d'abondance.

 

Puis, il y a eu le vaporisateur un tournant dans ma vie de plaisirs.

Il sépare le bon du mauvais.

Vaporiser, c'est l'envol sans frein sur un nuage purifié.

 

Depuis quarante ans maintenant, je suis un admirateur loyal des volutes de fumée

et l'infidélité ne fait pas partie de mes principes.

 

Je suis au paradis, je ne dois ni souffrir ni mourir avant de l'atteindre

et je peux encore y rester pour un moment.

 

Moi qui suis un perdu de la foi, je désire pourtant remercier

au moins sept fois sept fois, du plus profond de l'abîme de mes poumons

jusqu'au sommet de mon foie épargné,

tous les partis chrétiens et leurs dirigeants d'avoir initier ma quête de la joie.

 

Ils m'ont toujours dit que ce qui est donné est donné

et que reprendre, c'est voler.

Ainsi, les chrétiens ne volent pas.

Ils sont honnêtes et tolérants.

 

Ils se rassemblent autour de l'arbre de Noël et chantent de tout coeur l'amour universel.

Ils sont ouverts aux autres et à toutes les cultures.

 

Venez, mes frères et mes soeurs, vaporisons ensemble la pipe de la paix pour honorer leur infinie bonté.

 

Merci encore de me tolérer.

 

 

(*) Salutations à l'impayable Monsieur Virenque