Le guide de la bonne épouse

Ceci est la fidèle traduction d'un AUTHENTIQUE extrait
d'un manuel scolaire d'Economie Domestique anglo-saxon,
année scolaire 1960-1961.

1961, c’est l’année de
la Convention Unique sur les stupéfiants

 

Pour ceux qui souhaitent se créer une image édifiante de la société et de la mentalité du début des années soixante, il existe un petit bijou incontournable, une perle aussi rare que déconcertante. Il s’agit d’un manuel éducatif adressé aux jeunes filles de l’école protestante. Des champions du machisme nous introduisent dans le secret de la féminité, la bave filant entre leurs lèvres dédaigneuses. Les beaux principes de ce manuel visaient le dressage des filles dès 15 ans à une vie de dévotion et de soumission aux désirs et caprices de leur mari.
 

SOYEZ PRETE. Prenez quinze minutes pour vous reposer afin d'être détendue lorsqu'il rentre. Retouchez votre maquillage, mettez un ruban dans vos cheveux et soyez fraîche et avenante. Il a passé la journée en compagnie de gens surchargés de soucis et de travail. Soyez enjouée et un peu plus intéressante que ces derniers. Sa dure journée a besoin d'être égayée et c'est un de vos devoirs de faire en sorte qu'elle le soit.
 

EN CE QUI CONCERNE LES RELATIONS INTIMES AVEC VOTRE MARI, il est important de vous rappeler vos voeux de mariage et en particulier votre obligation de lui obéir. S'il estime qu'il a besoin de dormir immédiatement, qu'il en soit ainsi. En toute chose, soyez guidée par les désirs de votre mari et ne faites en aucune façon pression sur lui pour provoquer ou stimuler une relation intime.
 

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RANGEZ LE DESORDRE.
Faîtes un dernier tour des principales pièces de la maison juste avant que votre mari ne rentre. Rassemblez les livres scolaires, les jouets, les papiers, etc. et passez ensuite un coup de chiffon à poussière sur les tables.
 

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REDUISEZ TOUS LES BRUITS AU MINIMUM. Au moment de son arrivée, éliminez tout bruit de machine à laver, séchoir à linge ou aspirateur. Essayez d'encourager les enfants à être calmes. Soyez heureuse de le voir.
Accueillez-le avec un chaleureux sourire et montrez de la sincérité dans votre désir de lui plaire.
 

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BIEN QUE L'HYGIENE FEMININE soit d'une grande importance, votre mari fatigué ne saurait faire la queue devant la salle de bains, comme il aurait à la faire pour prendre son train.
 

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SI VOTRE MARI SUGGERE L'ACCOUPLEMENT, acceptez alors avec humilité tout en gardant à l'esprit que le plaisir d'un homme est plus important que celui d'une femme, lorsqu'il atteint l'orgasme, un petit gémissement de votre part l'encouragera et sera tout à fait suffisant pour indiquer toute forme de plaisir que vous ayez pu avoir.
 

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FAITES EN SORTE QUE LE DINER SOIT PRET; Préparez les choses à l'avance, le soir précédent s'il le faut, afin qu'un délicieux repas l'attende à son retour du travail.
 

C'est une façon de lui faire savoir que vous avez pensé à lui et vous souciez de ses besoins. La plupart des hommes ont faim lorsqu'ils rentrent à la maison et la perspective d'un bon repas (particulièrement leur plat favori) fait partie de la nécessaire chaleur d'un accueil.
 

PENDANT LES MOIS LES PLUS FROIDS DE L'ANNEE, il vous faudra préparer et allumer un feu dans la cheminée, auprès duquel il puisse se détendre.
Votre mari aura le sentiment d'avoir atteint un havre de repos et d'ordre et cela vous rendra également heureuse. En définitive, veiller à son confort vous procurera une immense satisfaction personnelle.
 

ECOUTEZ-LE. Il se peut que vous ayez une douzaine de choses importantes à lui dire, mais son arrivée à la maison n'est pas le moment opportun.
Laissez le parler d'abord, souvenez-vous que ses sujets de conversation sont plus importants que les vôtres. Faites en sorte que la soirée lui appartienne.

NE VOUS PLAIGNEZ JAMAIS S'IL RENTRE TARD A LA MAISON ou sort pour dîner ou pour aller dans d'autres lieux de divertissement sans vous. Au contraire, essayez de faire en sorte que votre foyer soit un havre de paix, d'ordre et de tranquilité où votre mari puisse détendre son corps et son esprit.

NE L'ACCUEILLEZ PAS AVEC VOS PLAINTES ET VOS PROBLEMES. Ne vous plaignez pas s'il est en retard à la maison pour le dîner ou même s'il reste dehors toute la nuit. Considérez cela comme mineur comparé à ce qu'il a pu endurer pendant la journée. Installez-le confortablement.

LORSQU'IL A FINI DE DINER, DEBARRASSEZ LA TABLE ET FAITES RAPIDEMENT LA VAISSELLE. Si votre mari se propose de vous aider, déclinez son offre car il risquerait de se sentir obligé de la répéter par la suite et après une longue journée de labeur, il n'a nul besoin de travail supplémentaire.
Encouragez votre mari à se livrer à ses passe-temps favoris et à se consacrer à ses centres d'intérêt et montrez-vous intéressée sans toutefois donner l'impression d'empiéter sur son domaine.
 

A LA FIN DE LA SOIREE, rangez la maison afin qu'elle soit prête pour le lendemain matin et pensez à préparer son petit déjeuner à l'avance. Le petit déjeuner de votre mari est essentiel s'il doit faire face au monde extérieur de manière positive. Une fois que vous vous êtes tous les deux retirés dans la chambre à coucher, préparez-vous à vous mettre au lit aussi promptement que possible.
 

Si vous avez des petits passe-temps vous-même, faites en sorte de ne pas l'ennuyer en lui parlant, car les centres d'intérêts des femmes sont souvent assez insignifiants comparés à ceux des hommes.
 

Cependant, assurez-vous d'être à votre meilleur avantage en allant vous coucher. Essayez d'avoir une apparence qui soit avenante sans être aguicheuse. Si vous devez vous appliquer de la crème pour le visage ou mettre des bigoudis, attendez son sommeil, car cela pourrait le choquer de s'endormir sur un tel spectacle.
 

SI VOTRE MARI SUGGERE UNE QUELCONQUE DES PRATIQUES MOINS COURANTES, montrez-vous obéissante et résignée, mais indiquez votre éventuel manque d'enthousiasme en gardant le silence. Il est probable que votre mari s'endormira alors rapidement ; ajustez vos vêtements, rafraîchissez-vous et appliquez votre crème de nuit et vos produits de soin pour les cheveux.
 

VOUS POUVEZ ALORS REMONTER LE REVEIL afin d'être debout peu de temps avant lui le matin; Cela vous permettra de tenir sa tasse de thé du matin à sa disposition lorsqu'il se réveillera.
 

L’Histoire de la prohibition de la marihuana

Au début des années 90, un professeur de droit, Charles Whitebread, réalise une étude sur l'origine de la prohibition qui touche l'usage récréatif du cannabis. Il résume ses découvertes dans une conférence lors de la réunion annuelle de l'Association des juges de Californie en 1995.

Ce récit n’est pas destiné aux personnes qui persistent à croire aux "décisions démocratiques soucieuses de santé publique".
 

Sources

L'article ci-dessous est extrait de The Forbidden Fruit and the Tree of Knowledge (1), un livre qui étudie la préhistoire de la prohibition américaine de la marijuana. Charles Whitebread a écrit le livre avec la collaboration du professeur Richard J.Bonnie.
 

Charles Whitebread:

Cet exposé retrace l'histoire de l'usage récréatif du cannabis. Ce que vous allez entendre au cours de ce récit vous donnera une impression bizarre et je veux expliquer ma décision d'en parler. Avant de donner des cours à l'Université de Californie du Sud, j'ai exercé pendant une quinzaine d'années à l'Université de Virginie, de 1968 à 1981. Au cours de cette période, j'ai écrit mon premier ouvrage de taille, The Forbidden Fruit and the Tree of Knowledge, the Legal History of Marijuana in the U.S.

Je l'ai édité en collaboration avec le professeur Richard J Bonnie qui exerce encore à l'université de Virginie. Le Virginia Law Review" (4) l'a publié en octobre 1970. C’est un document de 450 pages qui a pris une importance nationale parce que personne ne s'était encore intéressé à ce sujet.
 

Après l'opération, on sortait de l'hôpital sans caecum mais avec une dépendance à la morphine.
 

L'usage thérapeutique de la morphine était si répandu à l'époque de la guerre civile qu'autour de 1880, beaucoup d'Unionistes (le nord) en étaient dépendants. La presse parlait de morphinisme pour désigner cette maladie du soldat. Les états confédéraux (le sud), à l'opposé, ne connaissaient pas ce problème de dépendance à la morphine. Ils étaient trop pauvres pour en acheter. C'est pourquoi les interventions médicales sur les champs de bataille par l'armée des états confédéraux se limitaient à amputer des parties du corps pendant que le blessé absorbait quelques gorgées de whisky. Les Nordistes étaient faiblement dépendants du fait de cet usage générique de la morphine.
 

Il existe une autre raison intéressante à la dépendance aux stupéfiants aux alentours de 1900.

Les usagers de drogues appartenaient jadis à un groupe social radicalement différent de ce qui est le cas aujourd'hui. Selon les statistiques, les jeunes de sexe masculin, habitant les ville et appartenant à une minorité ethnique ont le profil qui correspond le plus à l'usager de drogues. C'est exactement le contraire de ce qui se passait il y a cent ans. Sur le plan statistique, quel était le candidat type pour une dépendance aux drogues au début du siècle (1900) ? C'était une campagnarde d'âge moyen.

L'usage de la morphine dans ses applications thérapeutiques sur le champ de bataille ne concerne pas les femmes. Ce qui explique la seconde cause de dépendance pendant cette période, c'est la croissance et le développement de ce que l'on peut nommer l'industrie des spécialités médicales brevetées. Certains d'entre vous se souviennent des images de westerns situés à la fin du 19ème siècle, lorsque les moyens médicaux étaient rares, où l'on voyait des marchands ambulants dépourvus de connaissance médicale, sillonner les campagnes pour proposer élixirs et boissons. Leurs slogans étaient accrocheurs: "La potion du Docteur Smith, efficace contre toutes les douleurs" ou "La potion du Docteur Smith, bonne pour l'homme comme pour les chevaux." Ce que les vendeurs ambulants ne précisaient pas, c’est que plus de la moitié d'entre eux étaient à base de morphine. C'est ce qu’ont révélé plus tard les produits testés dans le cadre de l’attribution de brevets. Le taux élevé de morphine dans ces médicaments était nécessaire pour satisfaire le malade. L'efficacité du produit devait apparaître clairement pendant la démonstration elle-même. Et ceci dit, aujourd'hui encore, quel que soit votre problème ou celui de vos animaux, vous irez sûrement mieux après quelques gorgées d'un élixir constitué pour moitié de morphine. Il y avait également la réaction générale "Ouah! Ce truc marche". On peut aller tout de suite en chercher au magasin. Le produit était vendu au comptoir.
 

Il n'existe aucune étude à ce sujet, mais il y a des raisons de penser que cet état de fait était lié au rôle de la femme à l’époque. Les remèdes brevetés reçoivent davantage d’attention des femmes que des hommes. En tous cas, l'usage de la morphine lors des interventions chirurgicales combiné à la vente de remèdes brevetés à base de morphine entraînèrent une augmentation énorme du nombre d’usagers de drogues.

J'ai précisé ici qu’en 1900 il y avait plus d'usagers de drogues qu'aujourd'hui (de 2 à 5% de la population) mais que le groupe sociale auquel ils appartenaient était différent de ce qu’il est aujourd'hui. La différence la plus importante entre la dépendance aux drogues de l'époque et celle d'aujourd'hui, c’est qu' en 1900, cela se faisait de façon purement accidentelle. On rencontrait les drogues par hasard, on ne savait pas ce qu'on prenait et on ne connaissait pas leurs effets.
 

Le seul type de loi aux États-Unis capable d’enrayer les problèmes de dépendances n'est pas de type pénal. La Pure Food and Drugs Act de 1906, portant sur les médicaments brevetés, a abouti à une forte chûte de la dépendance aux drogues.

La loi faisait trois choses:
C'était le début de la Food and Drug Administration (7) à Washington, qui doit donner son accord préalable pour la commercialisation de tout produit alimentaire ou remède destiné à la consommation humaine. Première conséquence de la création de la FDA : les médicaments brevetés furent testés lors d’un premier examen concernant la consommation humaine.
 

La troisième et dernière donnée intéressante, c’est la structure même du Harrison Act, parce que la structure de cette loi était exceptionnelle et qu’elle a servi de modèle pour chaque article de loi fédérale entre 1914 et 1969. Quel était ce modèle ?

Les concepteurs du Harrison Act ont très clairement expliqué leurs intentions au Congrès. Ils avaient deux buts: contrôler l'utilisation médicale des médicaments et criminaliser leur utilisation récréative. Mais il y avait un problème. Regardez bien la date: 1914. C'est à peu près le point culminant de la doctrine constitutionnelle que nous connaissons aujourd'hui comme le droit des Etats (par rapport au gouvernement fédéral). En effet, on considérait en général à l’époque que le Congrès était compétent pour réglementer une profession, mais qu’il n'avait pas le pouvoir de voter une loi pénale générale. C'est pour cela qu'il y avait peu de crimes fédéraux jusqu'à une époque récente.

Face à une possible opposition constitutionnelle à la loi qu’ils voulaient mettre en place, les partisans de cette loi sont arrivés au Congrès avec une nouvelle idée : la présenter comme un impôt. Pour montrer comment cela fonctionnait au quotidien, voici un exemple avec des chiffres fictifs.
 

L'obligation d'inclure une notice, l'obligation d'une ordonnance et le refus d'approuver certains remèdes testés a transformé l'industrie médicale et réduit le nombre d'accidents de dépendance. Le Pure Food and Drugs Act de 1906, et lui seul, a fait davantage pour  réduire le nombre de dépendants aux drogues que n'importe laquelle des lois instaurées plus tard.
 

Introduction

 Au cours de sa conférence, il se réfère aux documents suivants The Hearings of the Marijuana Act (2). Il nous renvoie à des documents comme Marijuana, a signal of misunderstanding (3) publié par la Commission nationale sur la marijuana et les abus des stupéfiants.
 

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Charles Whitebread

Le “Pure Food and Drug Act”

La situation en 1900

A la suite de cet événement, on a nommé le professeur Bonnie directeur de la Commission nationale sur la marijuana et l' abus des stupéfiants et l’on m’a nommé conseiller de cette même commission. Du fait de cette fonction, Richard et moi recevions les dossiers publiques aussi bien que secrets émanant de ce que l'on appelait "Le bureau des stupéfiants et des drogues dangereuses."
Avec toutes ces informations, nous avons collaboré à la publication de The Marijuana Convictio (5), texte qui a connu six réimpressions à l'Université de Virginie, et qui a été acheté par la plus grande partie des membres du FBI.
 

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Richard Bonnie

Si l'on s'intéresse à l'usage récréatif des drogues, il faut se pencher sur la situation des États-Unis en 1900. A ce propos, on doit d'abord préciser un détail qui a peut-être son importance: en 1900, il y avait beaucoup plus de personnes dépendantes des stupéfiants qu'aujourd'hui. Selon la source et l'interprétation, on considère qu'entre 2 et 5 % de la population aux États-Unis était dépendante des stupéfiants.

Il y a deux raisons principales à cette augmentation gigantesque du nombre de personnes dépendantes des stupéfiants autour de 1900.
 

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La première est l'usage de la morphine et d'un certain nombre de ses dérivés lors des interventions médicales. Saviez-vous que, jusqu'en 1900, principalement dans les régions où les soins médicaux étaient précaires, il était courant, par exemple en cas d'appendicite, d’être transporté à l'hôpital et de recevoir de la morphine comme anesthésiant avant l'opération.
 

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Le Pure Food and Drugs Act stipule que certains remèdes ne peuvent être vendus que sur ordonnance médicale.

La loi ajoute, et c'est toujours le cas (du moins aux États-Unis) que si un remède a un effet d'accoutumance, cela doit être signalé sur la notice.
 

Le “Harrison Act”

La première loi pénale criminalisant l’usage récréatif des médicaments au niveau fédéral est apparue en 1914. C'est le Harrison Act et, concernant cette loi, il faut retenir trois choses qui sont importantes aujourd'hui.

La première chose, c’est la date, 1914. Bien sûr, certains d'entre vous pensent qu'il existe depuis toujours une loi pénale réprimant l'usage récréatif des médicaments. Ce n'est pas le cas. Toutes les expériences de sanctions pénales pour lutter contre leur usage récréatif ont commencé aux Etats-Unis avec le Harrison Act de 1914.

La seconde donnée intéressante concernant le Harrison Act est la liste des médicaments concernés, car cette liste ne contient presque aucune des drogues qui inquiètent tant aujourd'hui. Le Harrison Act était applicable aux opiacées, à la morphine et ses dérivés, tout comme aux dérivés de la feuille de coca comme la cocaïne. Il n'est nulle part question d'amphétamines, de barbituriques, de marijuana, de hashisch ou d’hallucinogènes quelconques, seulement de l'opium, de la coca et de leur dérivés.
 

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Hamilton Wright, auteur van de Harrison Act
 

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Les premières lois des états sur la marijuana

Le professeur Whitebread:

Lorsque le professeur Bonnie et moi-même avons essayé de découvrir la légalité de l'interdit dans ce pays, nous avons été choqués par le fait que personne ne l'avait fait auparavant. Et d'un autre côté, les seules personnes qui s'étaient penchées sur le sujet n’étudiaient que la loi de 1937 en disant que c'était le début. Faux. Si l'on revient jusqu'en 1937, on ne tient pas compte du fait qu'entre 1915 et 1937 des lois pénales contre l'usage de la marijuana ont été approuvées dans 27 états.

Ce que le professeur Bonnie et moi faisions était unique. Nous revenions sur les archives des différents états et sur les journaux qui paraissaient dans les capitales de ces états, pour voir quelles étaient les raisons d'approuver des lois anti-marijuana.
 

Le premier groupe d'états qui, à cette période, avait des lois sur la marijuana comprenait les Montagnes Rocheuses et les états du Sud. Par là j'entends le Texas, le Nouveau Mexique, le Colorado et le Montana.

Il n'était pas nécessaire de chercher dans les archives publiques pour en connaître les raisons. Pour comprendre l'introduction de ces lois, il faut savoir qu'à cette époque ces états connaissaient une forte migration mexicaine. Les Mexicains passaient la frontière à la recherche d'une vie meilleure. Ils travaillaient durement comme paysans, pour compter les betteraves, récolter le coton, bref ils faisaient le travail autrefois réalisé par les esclaves noirs.

Ils amenaient avec eux de la marijuana (cannabis) du Mexique. Parmi les Blancs de ces états aucun ne connaissait la marijuana; et si je fais la différence entre Blancs et Mexicains c’est que cette différence était faite par tous les législateurs de l’époque. Il faut voir quelles étaient les raisons derrière les lois anti-cannabis dans les Montagnes Rocheuses et les états du Sud. Un bon exemple est un partisan texan de la première loi. Lors de la séance du sénat au Texas cette personne a déclaré, et je cite:

"Tous les Mexicains sont fous, et ce truc (se référant au cannabis) est ce qui les rend fous".

Ou comme le dit un partisan de cette première loi dans le Montana (et, notez-le, ceci se produit au cours des séances du sénat):

"Donnez à l'un de ces ramasseurs de betteraves quelques bouffées d'une cigarette de marijuana et il se prendra pour un torero à Barcelone."

Voici la raison. On n'a pas à chercher plus loin que ce qui se dit de sénat en sénat. Donc, qu'est-ce qui est à l'origine des premières lois anti-cannabis dans les Montagnes Rocheuses et les états du Sud aux Etats-Unis ? Ce n'est pas la lutte contre la drogue mais la lutte contre l’immigration des Mexicains.

Un deuxième groupe d'états ayant des lois pénales contre l'usage du cannabis étaient les états du Connecticut, Rhode Island, New York et New Jersey. Il va de soi que l'hypothèse de l'immigration mexicaine ne s'applique pas ici parce que le Nord n'en a jamais connu. Il faut donc chercher un peu plus loin les origines de ces lois. Il ne faut pas se contenter de consulter les archives légales mais également les journaux de l'époque. Nous maintenons que les premières lois anti-marijuana au Nord étaient basées sur "la peur du changement".
 

Si vous voulez bien, je vais même vous montrer un éditorial du New York Times de 1919, pour que nous puissions replacer cette peur du changement dans l'esprit de l'époque. Le NYT dit dans son édito:

"Personne ici à New York n'utilise cette drogue, la marijuana. Nous en avons simplement eu des échos provenant du Sud-Ouest mais, dit le NYT - et voici qu'intervient la peur du changement - nous voulons imposer l'interdiction de la marijuana, car elle concerne les drogués à l'héroïne et aux drogues dures qui voient leur approvisionnement coupé par le Harrison Act et tous ces alcooliques qui ont vu leur drogue disparaître du fait de la Prohibition de 1919. Leurs drogues seraient remplacées par cette drogue nouvelle, la marijuana”.

La théorie selon laquelle le cannabis offre un produit de substitution pour les dépendants aux drogues dures et à l'alcool a suffi, sur un fond de peur face au changement, à le faire interdire.
 

Dans 26 des 27 états, la base de l'interdit se situe dans le sentiment anti-mexicain pour le Sud-Ouest et les Montagnes Rocheuses ou dans la peur du changement au Nord-Est. Il reste donc encore un état. C'était pour nous l'état le plus important parce que c'est le tout dernier à avoir approuvé une loi pénale contre l'utilisation de la marijuana, et c'était l'état de l'Utah. Celui qui a bien écouté me dira:

"Oui, mais attends un peu, Whitebread, l'Utah est pile entre le Colorado et le Montana. Cela s'explique donc par la présence des Mexicains”.

C'est ce que j’ai d'abord pensé. Mais nous avons étudié le modèle d’immigration de l'époque et avons découvert à notre surprise que l'Utah de l'époque, comme aujourd'hui encore, n'a aucune population véritablement américano-mexicaine. Il doit donc y avoir une autre raison. Quelle pourrait bien être cette raison? Pensez-vous maintenant ce que j’ai pensé alors? Que cela doit bien avoir un rapport avec ce qui rend l'Utah si unique dans l'histoire américaine: l'église Mormone.
 

Nous avons découvert que les 27 états pouvaient être partagés en trois catégories selon les raisons qui justifiaient pour eux la prohibition.
 

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Avec l'aide de quelques personnes à Salt Lake City qui sont en relation avec l'église mormone et le Tabernacle National des Mormons à Washington, et après une longue mission scientifique nous avons découvert l'origine de la loi sur la marijuana dans notre pays. Il existe un véritable rapport avec l'histoire de l'Utah et du Mormonisme.

La plupart d'entre-vous savent bien que l'église des Mormons autorisait autrefois ses disciples masculins à avoir plus d'une femme, à être polygames. Savez-vous, qu'en 1876 la Cour Suprême de Justice affirma au cours de l'affaire Reynolds contre les États-Unis, que les Mormons étaient libres de croire ce qu'ils voulaient mais que la polygamie était interdite dans ce pays.
 

Cependant, qui, pensez-vous, peut imposer une telle décision prise par la Cour Suprême de Justice en 1876? Qui met en application cette loi?

Réponse: la police de l'état et la police locale. Et qui sont-ils dans l'Utah? Tous des mormons. Il ne s'est donc rien produit pendant des années. Ceux qui voulaient être polygames ont continué à faire tout simplement comme avant.

Néanmoins, en 1910, l'église Mormone a déclaré lors d'un synode à Salt Lake City que la polygamie était une erreur religieuse et était dorénavant interdite par l'église des Mormons. Après ce discours, un groupe de personne voulu vivre selon ce qu'ils appelaient "la manière traditionnelle". Ainsi, à partir de 1910 un grand nombre de mormons quittèrent l'état de l'Utah et par la même occasion les États-Unis pour s'installer au nord-ouest de Mexico.
 

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Ils écrivirent beaucoup sur ce qu'ils voulaient obtenir à Mexico. Ils voulaient y construire des établissements pour pouvoir convertir des Indiens, des Mexicains et ceux qu'ils appelaient des païens au Mormonisme.

1914: aucun succès auprès des païens. Peut-être y en a t-il parmi vous qui sont membres de l'église et qui savez donc combien les communautés de Mormons sont toujours nombreuses au Mexique. Pourtant, beaucoup de Mormons ne se sentaient vraisemblablement pas très heureux dans leur nouveau pays. Leur religion n'était pas bien acceptée, ils se sentaient mal à l'aise et désiraient retourner dans l'Utah où leur amis vivaient. Ce qu'ils firent. Ils emportèrent la marijuana qu'ils avaient reçu des Indiens.

A l'heure actuelle, si quelqu'un revient avec de la marijuana dans l'Utah, vous savez ce qui se passe.
 

Vous savez aussi que l'église mormone a toujours été opposée à l'usage de produits de quelque nature que ce soit. Des Mormons revinrent donc avec de la marijuana et en août 1915 l'église se réunit dans le synode pour déclarer que l'usage de marijuana était interdit par la religion Mormone. Parce qu'à cette époque dans l'Utah tout interdit religieux devenait une loi pénale, il en alla de même avec l'usage de la marijuana qui devient illégal dans cet état en octobre 1915. Ainsi fit son apparition la première loi pénale dans l'histoire américaine contre l'usage de la marijuana.

Après cet exposé sur les premières lois sur la marijuana, revenons à l'aspect fédéral de la question. Nous sommes en 1937 et nous avons aux États-Unis, une prohibition nationale de la marijuana: le Marijuana Tax Act.
 

Le Marijuana Tax Act de 1937

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Considérez donc l'année: 1937. On pourrait croire que la prohibition de la marijuana remonte à plus longtemps pourtant, il n'en est rien. La prohibition est en partie attribuée à l'esprit de la fin des années trente. Mais, il y a autre chose.

Chaque fois que le Congrès s'apprête à voter une loi, on tient des audiences publiques. Vous avez déjà vu ce type d'audiences publiques, elles peuvent durer très longtemps au point de pouvoir s'étendre sur plusieurs jours. Et bien, comme vous allez le découvrir, les audiences publiques sur la prohibition nationale de la marijuana furent très courtes. En effet, elles ne se prolongèrent pas au-delà de deux heures en tout et pour tout. Et c'est justement parce qu'elles furent si brèves que je peux vous rapporter mot pour mot ce qui s'est dit avant le soutien à la prohibition.

J'ai déjà fait cette conférence à la FBI Academy. Cependant je n'y est pas relaté l'histoire même que je vais maintenant vous raconter. Savez-vous quelle épaisseur faisait le dossier des audiences publiques de la prohibition de la marijuana. Lorsque l'on a demandé une copie du texte des audiences à la bibliothèque du Congrès, à leur grande surprise, ils ne purent rien retrouver. Nous avons réagit de façon incrédule. Ca a duré quatre mois avant que l'on puisse satisfaire notre demande parce que - accrochez-vous bien - le compte rendu était si bref qu'il avait glissé dans une fente de l'armoire à archives. Et oui, le compte-rendu des audiences publiques sur la prohibition nationale de la marijuana était si concis que finalement il leur fallut démonter l'armoire pour repêcher le dossier.

Il y eut trois témoignages importants au cours de ces auditions publiques.
 

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Harry Anslinger

Le premier témoignage fut celui de Harry Anslinger, le commissaire récemment nommé au bureau fédéral des narcotiques. Certains d'entre-vous savent que, fin des années 1920 début des années 30, furent crées dans ce pays (EU) deux services de police, le bureau fédéral d'investigation (FBI, Fédéral Bureau of Investigation) et le bureau fédéral des narcotiques (FBN, Fédéral Bureau of Narcotics).

Dans notre livre (raconte le conférencier) je donne toute une explication sur la différence historique entre ces deux organismes. Mais le FBI et le FBN avaient quelques ressemblances bien remarquables, l'une d'entre elles étant que chaque bureau était dirigé par la même personne pendant une très longue durée.

Dans le cas du FBI cette personne était J. Edgar Hoover et dans le cas du FBN ce fut Harry Anslinger qui resta en poste de 1930 à 1962.
 

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J. Edgar Hoover

Le commissaire Anslinger témoigna lors des audiences publiques au nom de l'administration et je vais le citer très précisément. Mais tout d'abord, laissez moi encore préciser ceci: il ne travaillait pas à partir d'un texte qu'il avait lui-même écrit.

Il travaillait à partir d'un texte écrit pour lui par un certain Stanley, procureur général de la Nouvelle-Orléans. L'explication de monsieur Stanley fut rapportée au Congrès par le commissaire Anslinger et elle fut la suivante, je cite: "La marijuana est une drogue accoutumante qui entraîne démotivation, criminalité et l'envie de meurtre chez l'usager."
 

Voilà le témoignage du commissaire s'exprimant au nom de la majorité en faveur de la prohibition de la marijuana.

N'oubliez pas que tout ceci ne dura que deux heures - vous devinez cependant quelle vérité se cachait là-dessous? Le but était l'interdiction de la culture du chanvre aux États-Unis. Nous savons que le chanvre a d'autres applications que l'usage récréatif. Tout d'abord, on s'est toujours servi du chanvre pour faire des cordes. Ensuite, la résine de la plante de chanvre est la matière première pour les pinceaux et le vernis. Et enfin, dans le monde entier, le chanvre produit de très bonnes graines pour les mélanges de graines à oiseaux. Parce que ces industries constituaient des parties intéressées les témoignages suivants des représentants de ces industries furent écoutées. Tout d'abord, celui du cordelier. Il raconta une histoire fascinante - et c'est en effet fascinant: le chanvre destiné à fabriquer des cordes était une production économique importante en Virginie du Nord et dans le Maryland du Sud à l'époque de la guerre civile. Mais, et voici ce que dit le cordelier, autour de 1820, vu qu'il est alors moins cher d'importer d'Extrême-Orient le chanvre nécessaire à la production de corde, il n'est plus besoin de cultiver du chanvre dans ce pays. Ca n'est tout simplement plus nécessaire.

Dans cette histoire, il y a deux choses qui attirent mon attention.

La première est que cette histoire montre que nos grands-parents avaient un lien avec la marijuana. Oui, en effet, ils le cultivaient. Le chanvre était la principale culture dans le Mont Vernon. C'était la seconde culture principale dans le Monticello. Bien sûr on ne trouve dans notre mission scientifique aucune preuve d'usage récréatif de la marijuana, mais pourtant il était cultivé.

La seconde partie de cette histoire est encore plus intéressante. Que dit le cordelier en 1937? Il dit, nous pouvons aller chercher tout le chanvre dont nous avons besoin en Extrême-Orient, et qu'il n'est plus nécessaire donc de le cultiver ici. Cinq années plus tard, en 1942, les routes du chanvre de l'Extrême-Orient furent coupées par les États-Unis. Cependant, nous en avons besoin d'une quantité importante pour les navires, et c'est la raison pour laquelle les autorités fédérales lancèrent des programmes de culture du chanvre dans les fermes gigantesques du Midwest et du Sud, pour faire des cordes pour les navires de guerre. Aujourd'hui le chanvre pousse encore le long des chemins de fer, vestiges des immenses plantations qui existèrent pendant toute la durée de la guerre.

Mais le cordelier ne s'en souciait guerre. Le fabricant de pinceaux et de vernis dit: "Nous pouvons utiliser autre chose." Parmi les représentants des industries, seul le grainetier à oiseaux eut quelques réticences. On lui demanda: "Ne pouvez-vous pas utiliser d'autres graines? Le grainetier à oiseaux répondit- les citations sont intégralement retranscrites dans les auditions publiques: "Non, ce n'est pas possible. Nous n'avons jamais trouvé d'autres graines qui donnent un si beau plumage aux oiseaux et les font autant chanter." Parce que le grainetier à oiseaux en avait besoin une exception fut faite au Marijuana Tax Act.

Cette exception est aujourd'hui encore d'actualité pour les graines ainsi nommées "dénaturalisées".

Donc nous avions les témoignages d'Anslinger et ceux de l'industrie. Il restait encore un secteur qui devait témoigner à cette audience publique, celui de l'industrie médicale. Il y eut deux preuves médicales exposées en rapport avec la prohibition de la marijuana.
 

Il existait deux impôts. Le premier était payé par les médecins. C'était un dollar par an (attention, ce n'est qu'un exemple) et en échange les médecins recevaient un timbre de l'autorité publique grâce auquel ils pouvaient prescrire le remède à leurs patients, aussi longtemps qu'ils s'en tenaient à la réglementation. En payant cette taxe de un dollar, les médecins s'engageaient à suivre la réglementation en vigueur.

Il existait aussi un deuxième impôt (encore une fois, les chiffres utilisés sont hypothétiques et servent seulement à illustrer le fonctionnement du système); cet impôt était de mille dollars pour chaque transaction portant sur un usage récréatif de l’un de ces médicaments.

Ainsi, parce qu’il est absurde de payer mille dollars de taxe pour quelque chose qui, à l’époque, même en grande quantité, ne valait pas plus de cinq dollars, le soi-disant impôt est en réalité une amende pénale sanctionnant un nouveau délit.

Un exemple, pour que ce soit évident: supposons qu'en 1915 quelqu'un soit trouvé en possession de cent grammes de cocaïne. Quelle était alors la plainte fédérale ? Pas la possession de cocaïne ou d’une substance contrôlée, mais une infraction pour impôt non payé!

Vous voyez dans quoi on s'empêtre?

Regardons donc plus loin: la pénalisation des drogues passe, au cours des quarante années qui suivent, par le Ministère des finances, car il devient normal pour tous que l'on honore l’impôt. Je vais expliquer encore comment cela fonctionne en pratique. Si l’on comprend comment fonctionne ce système d'impôt, on comprend pourquoi la prohibition nationale de la marijuana, le Marijuana Tax Act, a été approuvée en 1937.
 

Avant de continuer sur la loi nationale, la MTA de 1937, faisons un petit détour par les premières lois sur la marijuana (le cannabis) approuvées entre 1915 et 1937.
 

La première fut rapportée par un pharmacologue de l'université de Temple qui montra qu'il avait injecté le principe actif de la marijuana dans le cerveau de trois cents chiens et que deux de ces chiens en étaient morts. Alors les membres du congrès lui demandèrent, je cite: "Docteur, avez-vous choisi les chiens en fonction de leur ressemblance avec les réactions des êtres humains?". La réponse du pharmacologue fut la suivante: "Je ne serais vous dire, je ne suis pas psychologue des chiens".

Or le principe actif du cannabis fut synthétisé pour la première fois dans un laboratoire aux Pays-Bas après la seconde guerre mondiale. Ce que ce pharmacologue injecta aux chiens, nous ne le saurons jamais, mais il fort probable que cela ne soit pas le principe actif de la marijuana.
 

Le docteur William C. Woodward avança l'autre témoignage du corps médical. Le docteur Woodward était à la fois avocat, médecin et chef du conseil supérieur de l'association médicale américaine (AMA, American Medical Association). Le docteur Woodward était venu témoigner au nom de l'AMA et déclara, je cite: "L'AMA, à sa connaissance, n'a aucune preuve démontrant que la marijuana est une drogue dangereuse."

Ce qui est étonnant, ce n'est pas la véracité de ce fait ou non. Ce qui est surprenant plutôt, c'est la manière dont les membres du congrès réagirent à cela. L'un d'entre eux dit et je cite de nouveau: "L'AMA, à sa connaissance, n'a aucune preuve démontrant que la marijuana est une drogue dangereuse. Docteur, si vous n'avez rien d'intéressant à apporter au sujet que l'on essaye de traiter ici, pourquoi ne rentrez-vous pas chez vous?". C'est la réponse précise dans ses termes exacts. Un autre membre du congrès ajouta: "Docteur, si vous n'avez rien d'autre de mieux à dire que ça, alors ça nous rend malades de vous écouter". La question intéressante pour nous ne porte pas sur la valeur de cette allégation médicale. La question cruciale porte sur la raison pour laquelle le représentant légal de la plus prestigieuse organisation de médecins des États-Unis est traitée de manière si arrogante et autoritaire.

L'histoire des drogues dans ce pays reflète parfaitement l'histoire même du pays. Considérez de nouveau la date: 1937. Que se passe-t-il alors dans ce pays? Eh bien, beaucoup de choses, mais l'événement le plus important c'est la réélection en 1936 de Franklin Roosevelt en tant que président et ce après la plus grande campagne électorale jusqu'alors organisée aux États-Unis. A l'époque, pour un républicain, on pouvait compter deux démocrates, mais tous étaient d'accord sur le plan de restructuration économique et social connu sous le nom de New Deal.

Saviez-vous que de 1932 à 37, l'AMA s'opposait de façon systématique à chaque sous-partie de la loi du New Deal. Ainsi on comprend mieux qu'en 1937 la commission, bien pourvue de démocrates pro New Deal, déclare être dépitée en entendant les propos de Woodward: "Docteur, si vous n'avez rien de bon à dire ..."
 

 

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Et ainsi, malgré la résistance de l'AMA, le projet de loi fut renvoyé au sénat par la commission. Certains d'entre vous vont penser que le débat sur la prohibition au Sénat fut plus long. Et bien, pas du tout, il dura une minute et trente-deux secondes d'après mes estimations. A tout égard, vous en connaîtrez chaque mot.

D'ailleurs, celui qui a grandit à Washington DC connaît les conditions météorologiques d'un vendredi après-midi un 20 août à 17h45. Aussi peu vraisemblable que l'air conditionné eut été alors disponible au sénat, il y n'avait pas suffisamment de représentants pour un débat, et par conséquent il n'y eût aucun débat, pas de discussion, la loi fut envoyé sans avoir été débattue à la Cour Suprême. Le président Sam Rayburn convoqua les membres pour approuver la loi grâce aux compteurs, les 'tellers'. Connaissez-vous ce système de compteurs.
 

Pour la majeure partie des domaines à légiférer dans ce pays (EU), il n'existe aucun scrutin enregistré. C'est simple: le plus grand nombre de personnes négligeant tel scrutin ou tel autre font que la loi est approuvée. C'est ce qu'on appelle les compteurs. Ils voulurent faire approuver la loi sans débat et sans scrutin enregistré lorsque l'un des rares républicains encore présent, quelqu'un de New York, se leva et posa deux questions qui résumaient tout le débat sur la prohibition nationale de la marijuana:

"Monsieur le représentant, sur quoi porte ce projet de loi?"

Le représentant Rayburn répondit: "Je ne sais pas. C'est lié à ce qu'on appelle la marijuana. Je pense que c'est une sorte de drogue."

Imperturbable, l'homme de New York posa une seconde question. Une question qui était autant essentielle pour les républicains qu'elle n'était superflue pour les démocrates. "Monsieur le président, ce projet de loi a-t-il le soutien de l'AMA?"

Une des choses les plus remarquables que j'ai découvert au cours de cette étude, c'est la présence d'un homme qui siégeait au sein de la commission et votait le projet de loi, et qui par la suite devient juge de la Cour Suprême de Justice, il se leva et dit: "Leur docteur Wentworth est venu témoigner. L'AMA a accepté la proposition à 100 %". C'était un mensonge. Le vrai nom du docteur de l'AMA entre autre c'était Woodward et l'AMA n'avait pas soutenue la loi. Mais ce fut suffisant pour les républicains. Ils restèrent à siéger et la loi fût approuvée grâce aux compteurs, sans scrutin enregistré.

Au sénat, il n'y a jamais eu de débat ou de scrutin enregistré, le projet de loi fût déposé sur le bureau du président Roosevelt, il le signa et on obtient ainsi une prohibition nationale sur la marijuana.
 

Prochaine étape de notre histoire: 1938 à 1951

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Le professeur Whitebread a trois histoires à raconter concernant cette période.

La première: Immédiatement après la prohibition de la marijuana, Anslinger décide d'organiser, avec tous ceux qui ont quelque connaissance sur cette plante, une grande conférence nationale. Quarante-deux personnes y furent invitées. Lors de nos recherches pour le livre, nous avons retrouvé le compte-rendu exact de la conférence.
Dès la première matinée, trente-neuf personnes sur les quarante-deux invitées sont ressorties en clamant quelque chose comme: "Mais, commissaire Anslinger, je ne comprends pas pourquoi vous m'avez demandé de venir à cette conférence, vu que je ne connais rien à la marijuana."
 

Il n'en restait donc plus que trois, le Dr Woodward et son assistant... Vous savez ce qu'ils en pensaient. Il restait encore un homme, pharmacologue à Temple University, l'homme aux chiens. Et quel fut le résultat de cette réunion? Le commissaire Anslinger fit du pharmacologue un officiel de la marijuana pour le Bureau Fédéral des Stupéfiants, poste qu'il occupa jusqu'en 1962. L'ironie de sa nomination en tant qu'expert officiel est éloquente lorsqu'on sait que cet homme était le seul à être d'accord avec Anslinger.

L'histoire suivante était l'une des favorites du FBI, parce qu'elle est en rapport avec l'application de la loi. Après l'adoption de la prohibition à l'échelon national, Anslinger découvrit que certaines personnes enfreignant la loi appartenaient - malheureusement pour elles - à une catégorie professionnelle identifiable: les musiciens de jazz!

C'est ainsi qu'Anslinger envoya une circulaire à ses agents du Bureau Fédéral des Stupéfiants. Je cite mot pour mot:

"Cher agent Untel,

Veuillez préparer tous les cas concernant les musiciens qui enfreignent les lois sur la marijuana dans votre juridiction. Nous allons opérer une razzia à l'échelon national et arrêter tous ces individus en une seule journée. Je vous ferai connaître le jour."

Cette lettre date du 24 octobre 1947. Les réponses des agents locaux du Bureau des Stupéfiants se trouvent dans le dossier. Tous les agents ont exprimé de fortes réticences à ce projet. La réponse de l'agent du Bureau à Hollywood était ainsi formulée:

"Cher commissaire Anslinger,

J'ai bien reçu votre lettre du 24 octobre. Par la présente, je vous informe que la communauté musicale, ici à Hollywood, entretient des liens assez fermés et que nous n'avons pas réussi à y infiltrer d'informateur. Nous n'avons donc pour l'instant aucune affaire concernant l'infraction aux lois sur la marijuana par des musiciens."

Au cours des dix-huit mois suivants, Anslinger reçut de nombreuses lettres allant dans le même sens. Pourtant il ne reconnut jamais les problèmes que les agents rencontraient avec ses idées et leur renvoya une nouvelle lettre dans le même esprit:

"Cher agent Untel,

Je me réjouis d'apprendre que vous avez travaillé dur pour donner suite à ma directive du 24 octobre 1947. Nous allons (et il souligne toujours le mot "allons") effectuer une vaste razzia nationale afin d'arrêter en une seule journée tous les musiciens enfreignant les lois sur la marijuana. Ne vous inquiétez pas, je vous ferai connaître la date."
 

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Et cela continua ainsi. Vous savez évidemment qu'un certain nombre de musiciens de jazz ont en effet été arrêtés à la fin des années 1940. Et cela s'est poursuivi jusqu'au moment où tout s'est arrêté de la même façon que cela avait commencée, avec une déclaration d'Anslinger. Ce dernier témoignait devant une Commission du Sénat en 1948 et demandait davantage d'agents pour le Bureau. Évidemment, les sénateurs lui ont demandé pourquoi.

"Parce qu'il y a des gens qui enfreignent les lois sur la marijuana."

Les sénateurs ont demandé: "Qui?"
La première réaction d'Anslinger fut de répondre: "Des musiciens." Puis il regarda les membres de la Commission et révéla sa vraie nature en prononçant une phrase qui devait avoir une forte répercussion dans l'histoire de l'utilisation non-médicale des drogues aux Etats-Unis:

"Et je ne veux pas dire des bons musiciens. Je veux dire les musiciens de jazz."
 

Difficile d'imaginer le torrent de paroles et de réactions que cela provoqua. En vingt-quatre heures, soixante-seize articles de journaux furent publiés, ainsi que des éditions spéciales dans la presse musicale spécialiste du jazz, florissante à l'époque.

En trois jours, le département des Finances reçut 15000 lettres, au point que des piles de courrier non ouvert demeurèrent dans les sacs. J'en ai moi-même ouvert quelques-unes. En voici une, très typique:

"Cher commissaire Anslinger,

J'applaudis vos efforts pour libérer l'Amérique de l’emprise des stupéfiants. Mais si vous êtes aussi désinformé sur ce sujet que sur la musique, il est probable que vous ne parviendrez jamais à vos fins..."

L'un des éléments amusants auxquels nous avons eu accès est l'agenda d'Anslinger, avec ses rendez-vous durant son mandat. Cinq jours après sa fameuse déclaration: "Je ne veux pas dire des bons musiciens, je veux dire les musiciens de jazz", on trouve une note dans son agenda: "10h, rendez-vous avec le ministre des Finances".

J'ignore ce qui s'est passé lors de ce rendez-vous, mais on n'a plus jamais parlé de la grande razzia nationale contre les musiciens enfreignant la loi sur la marijuana, au grand soulagement des agents du Bureau des Stupéfiants qui n'avaient aucune sympathie pour ce projet.

La dernière histoire concernant cette période est de loin celle que je préfère. Une fois encore, il faut se replacer dans l'esprit de l'époque pour la comprendre. Si vous parlez avec vos grand-parents ou des gens qui étaient adultes dans les années 1930-40, vous serez bien étonnés de la réputation qu'avait alors la marijuana, systématiquement cataloguée comme "la drogue qui tue", "l'assassin de la jeunesse". Vous connaissez tous Reefer madness? Mais d'où venaient donc ces histoires hors du commun circulant aux États-Unis sur les ravages causés par la marijuana?

On dit qu'Anslinger les a répandues dans le but d'entrer en compétition avec Edgar Hoover, chef du FBI. Je dois tout de même ajouter, pour être honnête, que certains éléments de notre recherche ont contribué à réhabiliter Anslinger. Ce n'est pas seulement que Anslinger voulait duper les gens.

La terrible réputation de la marijuana à la fin des années 1930 et au début des années 1940 trouvait son origine dans une simple déclaration d'Anslinger. Vous souvenez-vous de ce qu'il en avait dit? "La marijuana est une drogue qui crée la dépendance, provoque des crises de démence, la criminalité et la mort." Quel était le mot magique de l'époque? - allons, réfléchissez, messieurs les juges -. Le mot magique était démence. L'utilisation de la marijuana provoquait la démence, selon le gouvernement.

Il y eut en effet, à l'époque, cinq cas de meurtres où la défense plaida non coupable, se basant seulement sur la "démence chez l'utilisateur ayant consommé de la marijuana avant le crime."

Très bien, messieurs, retournons à l'école. Si vous construisez une défense sur la base de la démence, de quoi avez-vous besoin? De deux choses : d'abord d'un homme de l’art, un expert. Et où - parmi toutes ces histoires - trouvons-nous un expert? Nous voilà repartis: c'est l'homme de Temple University, l'homme aux chiens. Vous n'allez pas croire ce qui s'est passé ensuite.

L'affaire de meurtre qui attira le plus l'attention à l'époque concernait deux femmes, qui étaient montées dans un bus à Newark, New Jersey, tuant et volant le chauffeur. En guise de défense elles plaidèrent "démence à la suite de l'utilisation de marijuana". La défense appela le pharmacologue. Vous savez comment cela se passe lorsque vous impliquez un expert dans une telle affaire Vous lui demandez: "Docteur, avez-vous effectué des recherches sur le sujet, etc..." Vous vous appliquez à valider votre expert: "Avez-vous écrit sur le sujet?"
 

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Et ce n’est pas tout. Il affirma avoir volé pendant quinze minutes à travers la pièce avant de se retrouver debout sur un encrier haut de cinquante mètres... Eh bien croyez-moi, de telles déclarations font vendre beaucoup de journaux. Que pensez-vous de la une du journal le Newark Star Ledger du 12 octobre 1938?: "La drogue tueuse transforme un médecin en chauve-souris!"

De quoi d'autre avons-nous besoin pour alimenter la défense sur la question de la démence? Il nous faut entendre le témoignage de la défense. Le couple est amené à la barre. Que lui demande-t-on alors?
 

"Que s'est-il passé cette nuit-là?"

"Oh, j'utilisais de la marijuana."

"Et que s'est-il passé ensuite?"

Si le coupable veut se débarrasser de la question, il répond simplement: "Ça m'a rendu fou."

Savez-vous comment ont témoigné les deux femmes du Newark? Je cite: "Après deux bouffées d'une cigarette de marijuana, mes canines se sont allongées de quinze centimètres et du sang coulait dessus."

On peut difficilement imaginer quelque chose de plus fou. Toutes les soi-disant crises de démences provoquées par la marijuana furent ainsi utilisées avec succès par la défense.

L'affaire de New York est très étrange. Deux policiers s’étaient fait tirer dessus et étaient morts. Là aussi, la défense plaida la démence provoquée par le cannabis. Pourtant, dans cette affaire, il ne fut jamais affirmé que le coupable l’avait effectivement utilisé. Dans le témoignage, il est dit que la seule présence dans la chambre d'un sac contenant de la marijuana dégageait des "vibrations meurtrières". L'homme commença par tuer des chats et des chiens, avant d'assassiner les deux policiers.

Constatant le succès de cette technique de défense basée sur la démence due à la marijuana, le commissaire Anslinger, depuis Washington, écrivit alors au pharmacologue de Temple University en ces termes: "Si vous n'arrêtez pas de témoigner pour la défense dans ces affaires, votre statut d'expert officiel du Bureau Fédéral des Stupéfiants sera révoqué."

Pour ne pas perdre sa place, l'homme cessa donc de témoigner. Après lui, plus personne ne voulut témoigner que la marijuana transformait en chauve-souris et cela mit fin à ce système de défense. Mais la marijuana avait acquis une sacrée réputation.
 

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En réalité, Anslinger a toujours été convaincu que la marijuana provoquait un comportement criminel. Sa remarque affirmant qu'elle était le premier pas vers l'héroïne est devenue, dès 1951, la nouvelle doctrine. C'était la première fois qu'elle était mise dans le même panier que les autres drogues, au lieu d’être traitée séparément. Pour chaque catégorie d'infraction, les peines furent doublées. Comme on le voit, la façon d'élaborer les lois reflète l'histoire du pays.

Quel était le paysage en 1951? La guerre de Corée, la guerre froide. Aussi la presse n'a pas tardé à dépeindre l'utilisation des drogues à l'école comme une tentative "d’ennemis étrangers" pour déstabiliser la jeunesse américaine. C'était donc ça! Nos adversaires extérieurs affaiblissaient le pays grâce à l'utilisation des drogues. Et quelle fut la réaction? Entériner une nouvelle loi, qui multiplie les peines par quatre pour chaque catégorie d'infraction. Une fois qu'on met en route un tel système, il trouve sa propre force d’inertie et il devient bientôt impossible de l'arrêter.
 

Le Daniel Act de 1956

The Boggs Act van 1951

L'étape suivante nous mène d'un coup en 1951. C'est l'époque où apparaît une nouvelle loi sur les drogues, le Boggs Act, importante pour deux raisons. Premièrement, elle donne ce que j'appelle la formule pour les futures lois anti-drogues des États-Unis. La formule classique, c'est que quelqu'un - habituellement les médias - perçoit une augmentation de l'usage de drogue. Et dans l'histoire de ce pays, la réponse à cela est toujours la même: une nouvelle loi avec des peines plus dures pour chaque niveau d'infraction.

Cette fois-ci, d'où venait donc l’impression d'une augmentation de l'usage des drogues?  Si vous avez vu des films tels que High School Confidential, vous savez qu’ils donnent l’impression que les collégiens commençaient à en faire usage. Quelle fut alors la réponse? Toujours la même. Le Boggs Act de 1951 multipliait par quatre les peines dans chaque catégorie. Cette loi était porteuse d'un nouveau motif justifiant la prohibition de la marijuana. Vous souvenez-vous de la vieille rengaine dépeignant la marijuana comme une drogue créant une dépendance et provoquant des crises de démence, la criminalité et la mort? Pourtant, juste avant qu'Anslinger aille témoigner en faveur du Boggs Act, un médecin d’une clinique de réhabilitation du Kentucky, affirma que le corps médical savait que tel n’était pas le cas. La marijuana ne crée pas de dépendance, disait le docteur. Elle n'engendre ni la démence, ni la mort et, en fait de criminalité, elle provoque plutôt la passivité.

Quel était le témoin suivant? Anslinger. Notez que toutes ses affirmations de 1937 pour appuyer la prohibition de la marijuana, avaient été retirées. C'est ce que j'appelle les remaniements glissants de l'administration fédérale. Anslinger avait déjà essuyé quelques revers à cause de ses déclarations et il craignait que cela ne se renouvelle. Aussi déclara-t-il: "Le docteur a raison, la marijuana elle-même n'est pas une drogue créant la dépendance, elle ne provoque ni la démence ni la mort, mais elle est certainement le premier pas vers la dépendance à l'héroïne."
 

Une nouvelle loi sur les drogues est apparue en 1956, nommée Daniel Act, du nom du sénateur texan Price Daniel. Elle est importante pour deux raisons. D'abord parce qu'elle reflète la formule connue: dès que quelqu'un suggère que l'utilisation des drogues est en augmentation, la réponse est forcément une nouvelle loi avec des peines plus sévères pour toutes les catégories d'infractions. Mais d'où venait cette conviction que l'utilisation des drogues était en augmentation dans le pays?

Réponse: Pour la première fois en 1956, les auditions des sénateurs furent diffusées à la télévision. Il s'agissait de l'audition du sénateur Estes Kefauver du Tennessee, concernant le crime organisé aux États-Unis.
 

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Ces auditions, vues par tous, abordaient deux sujets que nous connaissons bien aujourd'hui mais qui, à l'époque, suscitèrent l'étonnement. L'existence d'une criminalité organisée fut clairement démontrée, ainsi que son financement, assuré par le trafic de drogue. Cela suffit pour imposer une nouvelle loi, le Daniel Act, et augmenter les peines encourues. Déjà augmentées d'un facteur quatre, elles augmentèrent alors d'un facteur huit.

Avec toutes ces nouvelles lois, les états approuvèrent une petite loi Boggs par ci, une petite loi Daniel par là, si bien qu'au cours de la période 1958 à 1969 dans l'état de Virginie - un état typique - le délit le plus lourdement sanctionné était la possession de marijuana ou d'une autre drogue. Cela pouvait coûter une peine minimale de vingt ans de prison contre laquelle il n'y avait ni recours ni liberté conditionnelle, ni sursis. Pour être clair, rappelons qu'au cours de la même période, l'accusation de meurtre avec préméditation était passible d'une peine minimum de quinze ans de prison. Viol: dix ans. Possession de marijuana: vingt ans minimum; vente: quarante ans.
 

Le Dangerous Substance Act de 1969

En 1969, pour la première fois, une loi s'est démarquée de la formule classique, la loi sur les produits dangereux (Dangerous Substance Act). Pour la première fois dans l'histoire des États-Unis, après le constat que l'utilisation des drogues continuait de croître, les lois ne furent pas renforcées, mais au contraire assouplies. Mieux encore, la loi sur les produits dangereux de 1969 a finalement abandonné le mythe de la soi-disant taxation.

Dans la loi fédérale de 1969, toutes les drogues connues sont mentionnées, sauf deux. Lesquelles, selon vous? La nicotine et l'alcool, bien sûr.

J'ai essayé d'expliquer cela au FBI pendant vingt ans, mais ils n'ont pas voulu écouter. Vous n'allez pas m'écouter non plus, mais je vais essayer quand même. Si vous parlez des drogues, puis-je vous demander de ne plus utiliser le terme totalement inapproprié de "stupéfiant"? Les stupéfiants servent à endormir, contrairement à la plupart des drogues qui nous intéressent aujourd'hui.

Ainsi en 1969, le Dangerous Substance Act, abandonna l'idée de définir les "stupéfiants". Ce que faisait la loi de 1969, et ce qui est toujours d'actualité dans la plupart des états américains, c'est de classifier toutes les drogues (sauf la nicotine et l'alcool), d'après deux critères:
 

Quelle est la valeur médicinale de la drogue? Quel est son potentiel d'abus?

Nous classons toutes les drogues d'après ces deux critères en y accolant des peines pour possession, revente, vente, vente à des mineurs, selon chaque type de drogue. Un exemple: selon ces critères, la catégorie la plus "haute" comprend des drogues avec peu ou pas de valeur médicinale et un fort potentiel d'abus. On y trouve le LSD, la marijuana, le hasch...

Vient ensuite la liste des substances ayant une valeur médicinale et un fort potentiel d'abus: les barbituriques et les amphétamines. Et que trouvons-nous ensuite? Les substances à haute valeur médicinale et fort potentiel d'abus: la morphine et la codéine. La codéine est la plus évidente parce que chaque sirop pour la toux ou presque en contient et crée une vraie dépendance. Puis nous arrivons aux antibiotiques: haute valeur médicinale et pratiquement aucun potentiel d'abus.

La classification des drogues devenue un fait acquis, il était possible de l'assortir de peines. En 1969, afin de réduire les peines concernant la marijuana, il fallait la traiter à part. La loi de 1969 a été importante pour deux raisons: parce qu'elle abandonnait le mythe de la taxation et ensuite parce que pour la première fois dans l'histoire de ce pays, une loi diminuait les peines au lieu de les renforcer.

La suite est connue. Nous avons eu "la guerre à la drogue" et tout a empiré. Au cours des années 1980 on a constaté une forte augmentation de l'utilisation des drogues et il s'en est suivi la décision dramatique de déclarer "la guerre à la drogue", c’est-à-dire aux utilisateurs de drogues.

Ce que je vais vous dire va peut-être vous étonner : vous en savez autant que moi sur ce processus. Vous l'avez vu se produire; les lois se succèdent et la répression augmente au point que 30 % de la population masculine de Baltimore âgée de 20 à 29 ans est sous le coup d'une procédure pour usage de drogues.

La guerre à la drogue est une guerre intéressante, parce que bon marché. Quel fut le grand changement de 1994? L’utilisation des amendes pour que cette "guerre" ne coûte rien. Celui qui se faisait prendre payait les frais de guerre, par des amendes et la confiscation de ses biens. Les biens de ceux qui se faisaient arrêter ont permis de la financer. Mais dorénavant, les gens vont devoir se demander s’ils sont prêts à financer cette guerre à la drogue avec leurs impôts, car les tribunaux, soucieux de protéger le droit à la propriété, ont rendu ces confiscations beaucoup plus difficiles.

Vous en savez autant que moi sur la guerre à la drogue. Je ne suis pas venu ici pour tenir un discours ou donner mon avis sur le sujet. Les faits parlent d'eux-mêmes. La prohibition est une erreur et je pense qu'elle sera jugée comme telle. Je ne souhaite pas parler de ce dont tout le monde parle. Vous, Messieurs les juges, devrez en fin de compte régler la question, vous qui voyez passer toutes ces affaires de drogue jour après jour. Et cela continuera jusqu'à ce qu'il y ait du changement. Je voulais vous faire écouter une partie de l'histoire que vous ne connaissez pas: comment nous en sommes arrivés là.
 

Conclusion: la question de la prohibition

Il y a encore une chose que je voudrais préciser. À vrai dire, je m’intéresse peu aux drogues et à leur criminalisation; mais je suis d'avis que les peines encourues pour usage de drogues devraient être abolies et qu'il faudrait aborder ces affaires de façon médicale, comme le font les Européens. Mais qui s'en soucie? Ce qui est intéressant, en réalité, ce ne sont pas les drogues, mais une question bien plus vaste, et c'est même la raison qui me pousse à écrire, à savoir la question de la prohibition. C’est-à-dire l'utilisation de la loi pour criminaliser une conduite dans laquelle nous sommes nombreux à vouloir nous engager.

Le professeur Bonnie, lui, a fini pas s'associer au NIDA et à d'autres organisations s'occupant des drogues et des lois. Moi pas. Ce qui m'intéresse, c'est la prohibition. En tant que criminologue, j'aurais pu m'intéresser à d’autres interdictions. Celle de l'alcool par exemple, ou des jeux de hasard, encore en vigueur dans beaucoup d'états.

Ou, pourquoi pas, à l'interdiction du gin en Angleterre entre 1840 et 1880? Pas une interdiction de boire de l'alcool, non, uniquement le gin! Nous avons choisi l'interdiction de la marijuana car cette histoire n'avait pas été racontée, et qu'elle est surprenante. Nous aurions pu choisir n'importe laquelle de ces prohibitions, comme celle de l'alcool, mais il y a déjà beaucoup de choses intéressantes écrites à ce sujet. Et savez-vous que tous ceux qui ont sérieusement écrit sur l'interdiction de l'alcool en sont arrivés à la même conclusion concernant l'échec de la Prohibition. Pourquoi? Parce que la loi de base des prohibitions n'était pas respectée. En quoi consiste la loi de base des prohibitions?
 

Les prohibitions sont toujours déterminées par NOUS, afin de contrôler la conduite des AUTRES. Vous me suivez?

Prenez la prohibition de l'alcool. Tous ceux qui l'ont étudiée savent pourquoi elle a échoué. En effet, ceux qui soutenaient la Prohibition n'étaient pas eux-mêmes contre le fait de boire. Vous voulez un exemple?

Nous sommes en 1919. Vous êtes un Républicain dans l'État de New York. Que vous buviez ou pas, vous êtes pour la prohibition de l'alcool car cela permettra de fermer les salons autorisés de la ville de New York, que vous considérez comme le siège de la corruption du parti démocrate. Ainsi, presque tous les Républicains de New York étaient en faveur de la prohibition de l'alcool. Et à peine la Prohibition fut-elle déclarée, savez-vous ce qu'ils dirent? "Eh bien, buvons à ce succès". Buvons un verre, voilà ce qu'ils pensèrent. Un beau succès, comme vous le voyez.

Je voudrais juste revenir un instant sur l'interdiction de boire du gin. Comment un pays peut-il interdire cette seule boisson, le gin, pendant plus de 40 ans? Réponse: les riches buvaient du whisky. Et que buvaient les pauvres? Du gin. Vous voyez?

Prenez la prohibition de l'alcool. Tous ceux qui l'ont étudiée savent pourquoi elle a échoué. En effet, ceux qui soutenaient la Prohibition n'étaient pas eux-mêmes contre le fait de boire. Vous voulez un exemple?

Nous sommes en 1919. Vous êtes un Républicain dans l'État de New York. Que vous buviez ou pas, vous êtes pour la prohibition de l'alcool car cela permettra de fermer les salons autorisés de la ville de New York, que vous considérez comme le siège de la corruption du parti démocrate. Ainsi, presque tous les Républicains de New York étaient en faveur de la prohibition de l'alcool. Et à peine la Prohibition fut-elle déclarée, savez-vous ce qu'ils dirent?

"Eh bien, buvons à ce succès". Buvons un verre, voilà ce qu'ils pensèrent. Un beau succès, comme vous le voyez.
Je voudrais juste revenir un instant sur l'interdiction de boire du gin. Comment un pays peut-il interdire cette seule boisson, le gin, pendant plus de 40 ans? Réponse: les riches buvaient du whisky. Et que buvaient les pauvres? Du gin. Vous voyez?
 

Examinons l'interdiction des jeux de hasard. Lorsque je suis arrivé en Virginie, c'était un sujet d'actualité. Connaissez-vous le discours qui entoure cette interdiction? Vous savez bien comment ça se passe.

Voilà, nous sommes de vieux amis, nous nous connaissons depuis des années et avons pris du bon temps ensemble. Et si nous allions dans votre chambre faire un petit poker, pour quelques centimes? Ça vous dit, un petit poker, cette après-midi? Et pourquoi pas? C'est distrayant.

Trouverions-nous alors admissible que la police défonce la porte et nous arrête pour infraction à l'interdiction des jeux de hasard? Bien sûr que non. Vous savez bien quels sont ceux qui ne sont pas supposés jouer de l'argent? Mais si, vous le savez. Les pauvres, voilà qui.

Toutes ces prohibitions ont un air de famille, ne trouvez-vous pas? Elles sont mises en oeuvre par NOUS afin de réguler la conduite des AUTRES. Une fois que vous avez compris cela, vous n'avez plus besoin de demander quelles prohibitions seront abolies et lesquelles resteront, parce que vous le saurez toujours. La loi de base de toutes les prohibitions est qu'elles sont mises en oeuvre par un NOUS identifiable pour contrôler la conduite d'AUTRES identifiables.
 

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Et quand donc une prohibition est-elle rejetée? Lorsqu'elle NOUS revient et NOUS dérange. Si elle nous dérange d'une quelconque manière, alors nous nous en débarrassons, et cela à chaque fois! Voyez la prohibition de l'alcool. Tant qu'une prohibition ne dérange que les AUTRES - vous savez, eux les criminels, eux les fous, eux les jeunes, eux les minorités - tout va bien pour nous.

Prenons encore la prohibition de la marijuana. À votre avis, qui étaient les 650 000 personnes arrêtées en 1993 pour cette infraction? Des groupes minoritaires, pensez-vous? Eh bien pas du tout, ce sont au contraire des enfants bien identifiables, ceux des classes moyennes, les nôtres. Vous n'êtes pas obligés de me croire, mais aucune interdiction ne peut tenir la route si elle se retourne contre NOUS et punit nos enfants à NOUS, qui l’avons mise en oeuvre. Avez-vous encore des doutes? Nous ferons un beau sujet de recherche sociologique en tant que première société de l'histoire du monde à punir les fils et filles des classes aisées. C'est une grande première.
 

Conclusion

Nous verrons "la guerre à la drogue" continuer encore, jusqu'à ce que tout le monde en constate la faillite. Mais je ne suis pas sûr que le bon sens l'emporte. Pourquoi? Parce que, dans ce pays, nous aimons cette idée de prohibition. Je me hasarderai même à faire une prévision. On peut toujours voir les prohibitions en passe de disparaître, et celles qui apparaissent.

Voyez-vous une prohibition poindre à l'horizon? Eh oui, nous allons avoir de nouvelles prohibitions, parce que nous aimons croire que nous pouvons régler des problèmes complexes, médicaux, économiques ou sociaux par de nouvelles lois pénales. Nous adorons cela, évidemment, et vous autres, Messieurs les juges, aurez à régler tout cela. Les règlements servent à régler nos problèmes, et la police à les faire respecter, point. Appliquer la loi est censé résoudre tous nos problèmes.

Voici donc qu'arrive une nouvelle interdiction. De quoi s'agira-t-il? Non, pas celle des armes, c'est trop compliqué. Pour celle-ci ce sera plutôt: "les autorités sanitaires ont déterminé..." et non pas "nous voulons faire plus de recherches."; non pas "des gens raisonnables ne sont pas d'accord", mais plutôt: "les autorités sanitaires ont déterminé que fumer des cigarettes vous tuera".

Maintenant - et voici ma formule - tout ce dont vous avez besoin pour mettre en place une nouvelle prohibition, c'est un problème complexe, qu’il soit médical, économique ou social. Mais ce n'est pas suffisant. Il doit encore y avoir autre chose: il faut que cela fasse une différence de classe, sociale ou économique, entre NOUS et les AUTRES.

Vous savez que, depuis 1968, le gouvernement fédéral a dépensé beaucoup d'argent pour nous convaincre de ne pas fumer. Et en fait, les chiffres absolus ont à peine diminué. Mais savez-vous qui sont ceux qui ont massivement arrêté de fumer? Ceux qui avaient fait le plus d'études. Ceux-là même qui, dans l'avenir, prendront les décisions et distribueront les coups. Ceux-là ne fument plus. Qui fume, alors? Eh bien, ceux qui fument de façon disproportionnée, ce sont les gens que l'on retrouve devant les tribunaux, justement. Et voilà, chers amis, une fois effectuée la division entre ceux qui donnent les coups et ceux qui les reçoivent, tout va très vite.

Cela commence par: "Ils devraient arrêter de fumer, ils se tuent". Puis l’angle change, c’est de nous qu’il s’agit, comme on peut le voir dans les publicités: "Ils devraient arrêter de fumer, ils nous tuent". Et très vite, il y a séparation des classes.

Les législations de demain seront faites par ceux qui distribuent les coups. Ils vont finir par dire: "Vous savez, ceci doit cesser et nous avons la réponse. Nous allons interdire la production, la vente et la possession de tabac".

Les fabricants de cigarettes s'y attendent. Que font-ils pour se préparer? Ils délocalisent leurs activités hors des États-Unis et se diversifient autant qu'ils le peuvent.

Où vont-ils vendre leurs cigarettes? En Chine. Ils sont déjà en train de s'y installer. Un jour - dans 10 ou 15 ans? - viendra un politicien qui se dressera, comme si rien n'avait été dit auparavant, et il déclarera la prohibition du tabac. Et vous savez ce qui se passera ensuite. Les fumeurs devront se cacher aux toilettes pour fumer. Les cigarettes ne coûteront plus trois dollars le paquet, mais trois dollars pièce. Et qui les vendra? Le crime organisé. Nous allons recommencer une fois de plus car, comme je vous le disais, ce pays est accro à la notion de prohibition.

Je pense qu'il n’y aura même pas de débat. Regardez ce qui se passe, vous verrez que c'est inévitable. Dans quelques années, la possession de marijuana sera ou ne sera plus un crime dans cet état. Mais la production, la vente et la possession de tabac le seront. Et pourquoi? Parce que nous sommes attachés à cette idée de prohibition, nous ne pouvons nous en passer. Interdire est notre occupation favorite. Nous savons comment résoudre des problèmes complexes, qu’ils soient médicaux, économiques ou de société: il suffit de pondre une nouvelle loi, avec des peines plus lourdes dans chaque catégorie.

(Titre original : The History of the Non-Medical Use of Drugs in the United States par Charles Whitebread, Professeur de Droit, École de Droit USC - une conférence devant l'Association des Juges Californiens, 1995 conférence annuelle.)
 

(1) The Forbidden Fruit and the Tree of Knowledge-The Legal History of Marijuana in the United states: le Fruit Défendu et l'Arbre de la Connaissance-L'Histoire de la loi sur la marijuana aux États-Unis
(2) The Hearings of the Marijuana Act: L'audience de la loi sur la marijuana
(3) Marihuana, a signal of misunderstanding: Le cannabis, un symptome de malentendu
(4) Virginia Law Review: La revue des lois de Virginie
(5) The Marijuana Conviction - The Legal Story of Drugs in the United States: La Condamnastion du Cannabis-L'Histoire de la loi sur les stupéfiants aux États-Unis
(6) The Pure Food and Drugs Act: La Loi sur les aliments sains et les médicaments
 

"Oui, j'ai effectué une recherche sur des chiens." Et ainsi l'expert est qualifié.

Que lui demanderez-vous maintenant? "Docteur, qu'avez-vous fait avec cette drogue?"

Et le pharmacologue répond, je cite: "Je faisais des expériences sur des chiens, j'ai d'ailleurs publié sur le sujet, et - tenez-vous bien -, j'ai même utilisé moi-même la drogue."

Que lui demandez-vous ensuite?: "Docteur, que s'est-il passé lorsque vous avez essayé la drogue?"
Avec toute la presse présente lors de ce procès flamboyant à Newark en 1938, le pharmacologue répondit: "Après deux bouffées d'une cigarette de marijuana, je me suis transformé en chauve-souris."

 

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