Coalition Européenne pour une Politique juste et effective des Drogues

(ENCOD Asbl)

 

 

Mesdames, Messieurs les représentants européens,

 

La guerre sans fin contre les drogues continue de criminaliser au moins 35 millions de citoyens européens (+/- 200 millions de part le monde). Permettez-nous de vous offrir les premières graines d'une paix souhaitée…

La culture du chanvre permet de produire des quantités importantes de matières premières utilisables dans la fabrication de biens et denrées aussi divers que: le papier, le textile, certains matériaux de construction, du détergent, des éléments nutritionnels riches, de l'huile, de l'encre, de la peinture, du carburant,… Par rapport à d'autres produits agricoles le chanvre présente des propriétés avantageuses. Il pousse à peu près partout, sous tous les climats, pour autant que la terre soit un minimum irriguée et fertile. Le recours aux pesticides et autres herbicides est inutile étant donné la résistance de la plante.

 

 

Ces caractéristiques et l'énorme potentiel du chanvre font de cette ressource naturelle un enjeu économique et écologique majeure.

Depuis 1961 pourtant, selon un traité des Nations Unies, le cannabis est une plante illégale au même titre que la coca et l'opium par exemple. Depuis 1961, des individus sont exécutés, torturés, emprisonnés, stigmatisés et ruinés pour avoir cultivé, vendu ou consommé l'une ou l'autre de ces plantes. L'Europe, traditionnellement le lieu d'expression de certaine valeurs humanistes, devrait commencer à s'inquiéter des travers de la prohibition en ce qu'elle empiète sur nos valeurs fondamentales et les droits fondamentaux de l'homme. Il faudrait que l'Europe conçoive une autre politique en matière de drogues, une voie alternative inspirée de certaines expériences menées au niveau local en Europe. A ce titre d'ailleurs, un nombre croissant d'autorités locales ne craint plus de remettre la prohibition en question. Quoiqu'il en soit, nous constatons une escalade de la répression depuis quelques mois. Cela menace les fondements de notre société, la souveraineté de l'Etat de droit et la démocratie. Nous demandons à l'Europe une intervention rapide favorable à la défense de ces principes fondamentaux notamment en ce qui concerne le sujet suivant:

 

Nouveau plan d'action européen de lutte contre les drogues

 

Fin juin 2005, l'Union Européenne a approuvé le nouveau plan d'action stratégique de lutte contre les drogues pour les quatre prochaines années.

A la lecture de celui-ci, il apparaît que la Commission européenne et les membres du Groupe Horizontal Drogues aient oublié de prendre en considération les recommandations formulées par le parlement européen au travers du rapport Catania du 15 décembre 2004. Mais aussi de prendre en compte les résultats du rapport d'évaluation de la précédente stratégie européenne publiée par l'observatoire européen des drogues en octobre 2004. Celui-ci indiquait clairement que la précédente stratégie n'a eu aucun impact significatif et aucun résultat positif par rapport aux objectifs fixés. Enfin, a complètement été ignoré l'appel en faveur d'une alternative et d'un débat pragmatique exprimé ces dernières années par certaines autorités locales, les experts, la société civile et d'autres institutions officielles oeuvrant dans le champs des drogues et de la toxicomanie tels que: le Groupe Pompidou ou le Conseil de l'Europe.

Une conclusion s'impose: la politique européenne en matière de drogues est contreproductive, elle néglige l'intérêt du public et les recommandations du parlement, elle refuse également de prendre en compte des signes importants de son échec:

 

Les chiffres présentés par l'Observatoire Européen des Drogues montrent que 6,5 milliards

d'euros sont consacrés tous les ans par l'Union Européenne à la seule répression des drogues.

Pourtant, l'impact de la répression sur la consommation de drogues est nul, cet argent gaspillé

n'est donc plus disponible pour favoriser des projets sociaux et éducationnels.

 

Selon les chiffres publiés par l'ONU, les organisations criminelles mondiales s'enrichissent à raison de 10.000 euros par seconde rien qu'avec le trafic de drogues. Plus ou moins 300 à 500 milliard d'euros issus du trafic serviraient chaque année à financer le terrorisme.

 

Selon l'Observatoire Européen, le nombre de consommateurs adultes réguliers de drogues correspond à la totalité de la population espagnole ou polonaise en Europe. La plupart des usagers ne créent aucun trouble ou nuisance à la société et pourtant leur consommation reste un crime. ENCOD vous propose d'interroger la Commission Européenne sur son approche du phénomène global des drogues. Il serait spécialement utile de demander à la Commission comment elle pense intégrer les recommandations suivantes du rapport Catania dans la mise en oeuvre du Plan Stratégique d’Action Drogues:

 

a) améliorer et promouvoir la recherche scientifique sur les substances illégales dans un but médical et social;

b) créer une ligne budgétaire spécifique afin de faciliter un mécanisme de consultation entre les représentants de la société civile, les experts indépendants et les professionnels de la santé sur l'impact de la politique drogue européenne auprès du citoyen;

c) augmenter de façon significative l'aide aux pays producteurs en favorisant les programmes de cultures alternatives et la réduction de la pauvreté. En explorant également la possibilité de promouvoir la sauvegarde de la production à des fins médicales et scientifiques des opiacés par exemple. De lancer des projets pilotes de commercialisation de produits dérivés des plantes interdites par la Convention Unique de 1961.

 

 

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