Politiques des drogues? Une copie
à revoir…
Texte par Meve
- juillet 2004
"En 1961, la première Convention sur les
drogues des Nations unies (ONU), destinée à stopper la production, le commerce
et la consommation des drogues, entrait en application. Depuis lors, l'usage
global des psychotropes illicites et les problèmes qui en découlent se sont
multipliés considérablement et ne cessent de croître. Cette politique apparaît
aujourd'hui comme un échec phénoménal."
Ces propos introduisent le dossier publié
par l'ICN, la Coalition Internationale des ONG européennes pour une politique
juste et pertinente des drogues (International Coalition of NGOS), une
association qui mène une réflexion à ce sujet mais aussi des actions publiques.
La notion de
'drogue' varie d'une société à l'autre. Chez nous, l'alcool est considéré comme
un 'adjuvant social', au point qu'il peut être mal vu de ne pas 'boire un
verre' en société. En ce qui concerne les tranquillisants, les somnifères, les
barbituriques, les antidépresseurs, etc., ils sont assimilés à des
'médicaments'… Aucun jugement moral ne pèse donc sur ces produits. Parmi les
drogues communes et admises, on trouve encore le tabac, le café, etc. Par
contre, toute autre drogue - cannabis inclus - déchaîne une réprobation
virulente, doublée d'une répression. Cependant cette attitude ne découle pas
d'une connaissance scientifique, mais seulement d'antécédents culturels,
historiques et politiques.
Extraits choisis du dossier de l'ICN
Cette Coalition
internationale regroupe presque deux cents organisations qui se sont impliquées
dans le phénomène des drogues, pour des raisons personnelles ou
professionnelles.
L'ICN œuvre à la
mise en place d'une approche rationnelle des produits psychotropes,
contrairement aux politiques généralement développées par les pouvoirs publics.
Car les lois en vigueur, visant l'éradication des drogues illicites, ont créé
des problèmes sociaux et de santé bien plus graves que ceux qu'elles
prétendaient résoudre.
De tout temps,
l'homme a eu recours aux psychotropes et il en va de même aujourd'hui, malgré
la criminalisation des usagers. L'ICN part de cette réalité pour proposer des
mesures qui, entre autres, réduiraient les dommages que ces substances peuvent
occasionner. "Nous avons la conviction que les politiques sur les drogues
devraient viser à rétablir la dignité de tous ceux qui en ont été privé
-criminalisés et marginalisés par la prohibition - et qu'elles devraient avoir
pour bases le bon sens et l'humanité."
Durant les
quarante dernières années, le débat sur les drogues a été dominé par les
émotions et les jugements moraux. Résultat, les politiques pratiquées menacent
les groupes les plus vulnérables et coûtent cher aux budgets publics comme à la
crédibilité des autorités et à celle des études dites 'scientifiques'. A ces
maux s'ajoute la violation des droits élémentaires de l'homme, notamment dans
les pays où la peine de mort est encore en vigueur et dans ceux où la torture
ou bien des condamnations excessives sont infligées aux producteurs, aux
vendeurs et aux usagers des drogues.
"Si la
problématique des drogues continue d'évoluer ainsi, nous allons être confrontés
à des options effroyables. Soit nous aurons une réduction draconienne et
massive des droits civiques pour tous, soit nous devons envisager quelques
solutions radicales. La question est: est-ce bien à la justice pénale de
résoudre ce type de problème?"
(Propos
du Commandant John Grieve, agent responsable du
contrôle des drogues à Scotland Yard – 1997)
Certains pays
européens ont toutefois commencé à expérimenter des politiques intérieures
visant à réduire les dommages liés à la consommation, en contradiction avec la
Convention simple de 1961 et des suivantes (1971-1988), encore plus
restrictives. Mais l'effet positif de ces nouvelles approches est limité par
manque de cohérence puisqu'elles se déroulent dans un cadre législatif qui
continue à prohiber les drogues.
Dans le même
temps, les programmes mis en pratique pour éliminer les cultures de plantes
psychotropes dans les pays en voie de développement entraînent une destruction
environnementale dramatique: on y effectue des fumigations chimiques qui
empoisonnent durablement la terre, en laissant les populations autochtones
encore plus démunies.
La persistance
des lois répressives s'explique en partie par la mauvaise estimation des
résultats qu'elles produisent. En effet, les préjudices engendrés par la
prohibition sont occultés, l'évaluation de son application ne tenant pas compte
du rapport coût/efficacité. Cette estimation se base uniquement sur le nombre
de cultures détruites, de réseaux démantelés, etc., ignorant par contre celles
et ceux qu'elle a générés par réaction ainsi que tous les 'dommages
collatéraux' évoqués plus haut.
L'ICN propose
d'autres critères pour mesurer la réussite d'une politique. Par exemple, la
proportion réelle des 'usagers problématiques' compte tenu du nombre total des
consommateurs, le rapport qualité/prix des produits (plus il est bon, meilleure
est la politique), l'intégration des usagers dans la société, la transformation
positive des conditions de vie dans les zones de production et la participation
des citoyens à la conception de nouvelles politiques des drogues.
Dans son dossier,
la Coalition relève que des questions essentielles se posent en matière de
santé publique et de respect des droits de l'homme. En ce qui concerne la
santé, l'ICN met en avant la nécessité d'effectuer des contrôles de qualité des
produits, de donner accès à tout âge à des informations précises et non
partisanes, de promouvoir le bien-être des usagers (traitements de
substitution, …) et de ne proposer une intervention médicale qu'aux patients
consentants. D'autre part, la Coalition recommande l'arrêt de la discrimination
basée sur l'usage ou la possession de substances illicites, mais aussi la
protection des consommateurs (prix et qualité contrôlés) comme des producteurs
(instauration notamment de mécanismes commerciaux équitables).
Elle souligne
encore: "Une bonne politique devrait pouvoir varier d'un pays à l'autre,
car elle tiendrait compte de la culture, de l'histoire,..., du lieu dans
laquelle elle s'inscrit".
L'ICN souhaite
surtout que les pays européens se fixent des objectifs réalistes, entreprennent
des évaluations indépendantes sur la situation actuelle, qu'ils établissent un
dialogue avec les ONG et les associations qui oeuvrent
dans ce domaine, qu'ils relaient l'information entre régions et pays, etc.
Enfin, la
Coalition fait appel à tous ceux qui veulent participer à ce débat et soutenir
son travail, notamment financièrement, puisqu'elle ne reçoit l'aide d'aucun
sponsor: ses seuls moyens d'existence proviennent des cotisations des personnes
et organisations membres.
Pour vous
procurer son dossier ou la liste des autres membres de l'ICN ainsi que des informations
complémentaires, contactez l'une des deux adresses suivantes:
ENCOD-Belgique:
Courriel: encod@glo.be - CAM-RD-France: Courriel: farid@no-log.org
Une antenne de l'ICN
L'ENCOD
(Coalition Européenne pour une politique juste et pertinente des drogues ) est
un relais important de l'ICN, dont le siège se situe à Anvers, en Belgique.
Cette association est maintenant reconnue comme plate-forme par plus de nonante
ONG et s'est révélée capable de coordonner des activités favorisant la réforme
de la politique des drogues à un niveau local, national et international.
En 2003, l'ENCOD
a organisé une campagne importante à Vienne. Elle incluait une manifestation
publique contre la guerre aux drogues, menée face aux bâtiments de
l'Organisation des Nations unies, durant la journée de rencontre de sa
Commission des Narcotiques et des Drogues (CND). Simultanément, l'ENCOD animait
une séance publique sur la politique des drogues au sein du Parlement européen
et chapeautait plusieurs événements dans huit pays différents.
En plus de ces
actions, l'association tente d'initier un débat avec les autorités publiques.
Cependant, elle constate que cet objectif est difficile à réaliser: le climat qui
s'est installé dans le monde après le 11 septembre 2001 constitue un obstacle
supplémentaire au dialogue.
De mars à juin
2004, l'ENCOD encourageait à planter du cannabis, du pavot et de la coca
partout en Europe –de préférence à proximité des bâtiments et monuments
gouvernementaux-, en réponse à l'ONU qui a fixé la date butoir de l'éradication
complète de ces plantes à l'année 2008. L'association demandait aux
participants d'envoyer des photos de leurs plantations pour les diffuser sur
son site Internet. Cette action est officiellement terminée, mais rien ne vous
empêche… Et pour connaître la suite des activités de l'ENCOD, contactez-la.
c/o ENCOD, 14 Lange Lozanastraat – 2018 Anvers - Belgique.
Tél.: +32(0)32 37
74 36 - Fax.: +32(0)32 37 02 25
Courriel: encod@glo.be -
Site: http://www.encod.org