La France du chanvre intérieur…
Texte ©Meve&Jos avec l'aide d'Arnaud Evrard - Photos: ©Meve - article de 2004 actualisé en septembre 2005
Nous nous sommes intéressés à la construction en chanvre réalisée en France, dont le marché actuel est le plus développé de l'Europe des quinze. Même si des difficultés restent à résoudre, surtout en matière de reconnaissance et d'assurance, les filières françaises de ce secteur ne demandent qu'à s'épanouir. Les derniers obstacles seront probablement franchis dans un futur proche… d'autant que les entrepreneurs en chanvre construisent et restaurent des bâtiments depuis 1989 déjà.
Un maçon italien habitant l'Aube, Charles Rasetti,
est le premier à avoir effectué des recherches sur les mortiers et bétons de
chanvre, composés à base de chènevotte(1). En 1987, la Chanvrière de
l'Aube, la plus importante du pays, commande une étude sur le sujet et envisage
la commercialisation de ces produits.
Deux ans plus tard, une maison est totalement construite en chanvre
banché(2) sur ossature de bois, dans la région de Tours. Puis les
réalisations vont se succéder, chacune permettant d'affiner le procédé…
Cependant, dans le domaine technique, les avis ne concordent pas toujours: les
recettes conseillées pour la composition des divers matériaux varient de façon
parfois contradictoire. Ces divergences viennent de la difficulté qu'ont eu les
entrepreneurs à définir quel liant convenait le mieux au chanvre, en raison de
son énorme capacité d'absorption d'eau. En définitive, la chaux a été élue…
Mais pas n'importe laquelle et là, les avis peuvent encore diverger (voir plus
bas Mariage idéal).
Parallèlement à son utilisation dans la construction proprement dite,
le chanvre est apprécié dans la restauration de bâtiments anciens. Il se prête
particulièrement bien à la rénovation de maisons à colombages pour quelques
raisons essentielles: son béton lié à la chaux est très léger et souple; il est
un bon isolant, régule l'humidité de l'air intérieur, assèche les pièces de
bois, se pose aisément et permet de laisser apparente l’ossature de bois sur
une face.
Un bel exemple de ce type de rénovation est la
maison d’Adam, située dans le vieux cœur d’Angers. Typique de l’habitat
bourgeois commerçant de la fin du Moyen Age, elle a été édifiée vers 1500, pour
la famille la plus fortunée de la ville. Elle est encore couverte de sculptures
en bois d’origine, généralement bien conservées, représentant des sujets
profanes, fantastiques ou religieux. Il ne manque que le couple d’Adam et Eve
qui entourait l’arbre de vie à l’angle du rez-de-chaussée, sculpture à laquelle
la maison doit son nom … Mais elle fut retirée au 19ème siècle sur
ordre de nonnes qui la jugeaient probablement impudique. Détail amusant, une
figurine d’angle située à environ 5 mètres du sol montre un petit homme
déculotté, exposant son sexe imposant aux regards. Peut-être les lunettes de
ces dames ne portaient-elles pas si haut?
La nique aux nonnes - photo ©Meve
Le chanvre français représente aujourd'hui la moitié de la production
européenne, avec ses 8.500 hectares. Cependant seul un petit pourcentage de
celle-ci est voué à la construction, l'essentiel étant consacré au papier et à
l'oisellerie (graines à oiseaux), secteurs auxquels s'ajoutent l'alimentation
animale, le cosmétique, etc.
Un hectare de chanvre produit environ 8 à 10 tonnes de matière sèche en
agriculture conventionnelle et jusqu'à deux fois moins en bio.
Actuellement, le transformateur du chanvre peut obtenir une subvention
de l'Union européenne, pour autant qu'il entre dans un système de contrat
tripartite, liant l'Etat, un (ou des) agriculteur(s) et lui-même. Les modalités
diffèrent peut-être d'un pays à l'autre, mais ce système tripartite est
appliqué dans toute l'UE. Il semble aussi que celui-ci soit une condition
obligatoire pour obtenir le droit de planter du chanvre.
En pratique, le transformateur doit fournir des semences(3)
à l'agriculteur avec lequel il passe un contrat, puis prendre en charge le
produit de cette récolte. Il est également tenu d'établir une convention avec
l'Etat pour l'organisation de la culture, d'un point de vue juridique.
L'agriculteur, de son côté, doit introduire une déclaration au ministère de
l'Agriculture et à l'organisme gérant les plantes oléagineuses.
(1) Pour rappel, un pied de
chanvre est constitué principalement de trois parties dont on tire des
matériaux différents:
- les semences ou chènevis, sont transformées en huile et en tourteau
(ce qui reste des graines après pressage, servant de nourriture pour les
animaux);
- la fibre, provenant de l'écorce du pied de chanvre, est utilisée
notamment en textile, dans la fabrication du papier, des 'bio plastiques' et en
construction (sous forme de laine isolante ou de feutres);
- la chènevotte ou bois, constituant jusqu'à 60% de la masse d'une
récolte, sert entre autres de litière pour animaux et d'élément de base à
divers matériaux de construction.
Forme artisanale de
banchage présentée lors du festival de Montjean-sur-Loire par Arnaud Evrard, à titre
de démonstration. Ici, seul un pan en planches de bois soutient la pose d'un
mélange chaux/chènevotte, alors que de simples pieds de chanvre effeuillés
servent d'ossature... Ce type de banchage ne conviendrait pas pour construire
une maison! - photo ©Meve
La chènevotte est très légère parce que creusée d'une multitude de fins
canaux qui réduisent sa densité. Ils servent aux déplacements de la sève
lorsque la plante est vivante, mais quand elle est coupée et séchée, ils se
remplissent d'air.
Le 'bois' de chanvre contient de 50 à 60% de cellulose (élément utile à
la fabrication du papier). Sa composition est proche de celle du bois d'arbre.
Cependant, un hectare de chanvre peut produire environ 2,7 tonnes de cellulose
par an contre seulement 0,5 tonne pour le bois d'arbre.
(2) Banchage: cette technique consiste à remplir un
caisson en bois avec du béton de chanvre. On peut aussi procéder au garnissage
par une projection du béton; dans ce cas, le caisson reste évidemment ouvert sur
une face. Habituellement, la structure porteuse est un ossature en bois.
Celle-ci est noyée dans l'épaisseur du mur. Les faces du caisson sont
rapidement retirées (dans l'heure, si possible), mais il faut attendre environ
3 semaines pour réaliser les couches de finitions...
(3) Il y a un seul producteur en France, ne disposant
que des variétés industrielles légales, c'est-à-dire figurant sur une liste
établie officiellement et ayant un taux maximal de 0,2% en THC -principe actif
psychotrope du chanvre-. Certains autres producteurs européens tentent
néanmoins de se faire une place sur le marché (comme ceux de Hongrie, par
exemple).
Mariage idéal
Le chanvre est un
matériau 'propre' à de nombreux points de vue: il est renouvelable, nécessite
une faible dépense énergétique pour sa fabrication et a un bilan CO2 neutre en
fin de vie (comme tout matériau d'origine végétale), qualité remarquable
lorsque l'on songe aux problèmes de réchauffement de la planète. En outre, il
est totalement biodégradable à la déconstruction. Bien sûr, d'autres copeaux
végétaux pourraient servir honorablement dans le domaine. Mais la chènevotte(4)
a aussi été choisie parce qu'elle était un sous-produit industriel (un déchet)
disponible régulièrement, son utilisation en construction étant un moyen de la
valoriser. De plus, le chanvre présente quelques avantages spécifiques: au
niveau économique, il permet une diversification agricole -ce secteur en
difficulté cherche de nouveaux débouchés-, du point de vue agronomique, il
améliore la structure des sols et, sur le plan écologique, il se cultive sans
nécessiter beaucoup d'intrants(5). Cette combinaison de qualités lui
donne quelques atouts que ne possèdent généralement pas ses consœurs.
Le chanvre lié à la chaux peut
entrer dans toutes les parties de la maison. Ici, utilisé en toiture... Il
serait vraisemblablement judicieux d'achever ce travail en recouvrant le
chanvre par une latte de bois, afin de fermer l'accès aux rongeurs et autres
bestioles - photo ©Meve
Pour en revenir à la construction, le chanvre a la particularité
d'absorber au moins quatre fois sa masse en eau… Cela pose problème lorsque
l'on veut confectionner un mélange comprenant de l'eau, étape nécessaire pour
transformer les matériaux en béton. Après maints tâtonnements, les
entrepreneurs ont défini comme suit l'ordre d'introduction des différents
composants dans la bétonnière: l'eau, puis le liant et enfin le chanvre. Mais
avant tout, il leur a fallu déterminer quel liant se prêtait le mieux à une
association avec le chanvre. La chaux a été retenue, cependant, celle-ci peut
se présenter sous des formes différentes qui ne sont pas équivalentes. En
construction, il est préférable d'utiliser la chaux éteinte, obtenue à partir
d'un calcaire cuit à 800 °C puis hydraté (mis en contact avec de l'eau). Dans
le commerce, on la trouve sous forme 'aérienne' ou 'hydraulique'. La première
est issue du calcaire pur. Appelée aussi 'chaux grasse', sa spécificité est de
ne se solidifier qu'au contact du gaz carbonique de l'air (CO2).
Quant à sa sœur hydraulique, comme son nom l'indique, elle réagit avec
l'eau. En association avec le chanvre, elle risque donc de ne pas 'prendre', la
chènevotte absorbant trop vite le liquide. Le résultat peut être catastrophique
car, sous une couche solidifiée de fine épaisseur qui laisse croire à la
réussite de la prise, on peut trouver le reste de la chaux à l'état de poudre.
Certains fabricants ont pourtant commercialisé durant des années des produits de
chanvre à lier à de la chaux hydraulique(6).
Actuellement, la majorité des entrepreneurs en
chanvre s'accordent à dire que la meilleure formule du liant est la suivante:
75% de chaux aérienne, 15% de chaux hydraulique et 10% de pouzzolane (une roche
volcanique à structure alvéolaire, recherchée en construction pour ses qualités
d'isolation thermique et phonique). L'introduction de la pouzzolane dans le
mélange a pour but de régulariser la carbonatation de la chaux.
La chaux est également associée au sable,
formant un enduit de protection extérieure
pour les murs en béton de chanvre - photo ©Meve
Il existe en France
une entreprise (Balthazard&Cotte Bâtiment)
proposant un liant qui applique cette recette pratiquement telle quelle; ce
produit se nomme Tradical pf 70 et est prêt à
l'emploi.
(4) Pour être tout à fait exact, le chanvre destiné au
béton est maintenant commercialisé sous trois formes: la chènevotte pure, la
chènevotte mêlée à des restes de fibres et le chanvre complet, simplement
broyé.
(5) Les intrants sont tout ce qui constitue le prix de
la production: les additifs comme les engrais, etc., mais aussi les coûts liés
à une exploitation, tels que l'énergie nécessaire à la fabrication, la main
d'œuvre,…
(6) Le ciment conventionnel est également un liant
hydraulique, mais il pose de nombreux autres problèmes. Si, à l'origine, il
était lui obtenu naturellement par une association de calcaire et d'argile
cuits à 1.300 °C, il est devenu bien moins fréquentable. D'abord parce que sa
production est plus énergétivore que celle de la chaux et surtout parce qu'on
lui ajoute généralement des déchets industriels qui peuvent être toxiques. Il
n'est pas sans inconvénient non plus en tant que produit de construction: en
mélange, il s'avère rigide et dur, incompatible avec bon nombre d'autres
matériaux et, utilisé comme enduit, il ne permet pas la perméabilité minimum
des parois, générant des risques de dégradation de la maçonnerie.
Une connaissance qui s'affirme
Parmi les premiers
matériaux à base de chanvre apparus sur le marché français, on compte les
isolants en vrac à déverser dans les vides de construction. Ils sont maintenant
disponibles dans le réseau de distribution du bâtiment conventionnel en France.
Les feutres ou laines servant à isoler notamment les toitures ont été
commercialisés plus tard.
Leurs qualités sont
assez similaires à celles des autres laines (de verre ou de roche). Malheureusement,
elles se trouvent rarement sous forme brute; elles contiennent le plus souvent
de 10 à 20% de polyester, ce matériau pétrochimique servant de liant pour
renforcer leur 'tenue' (pas de tassement et reprise de leur volume après avoir
été compactées pour le transport). Leur bilan écologique reste malgré tout très
avantageux, comparé à celui des autres laines.
Il
existe également des panneaux rigides ou semi-rigides de particules de
chènevotte et de fibres, généralement liées aussi avec du polyester.
Tapis semi-rigide de laine de chanvre -
certifié Chat confort! - Photo©Meve
Actuellement, les
bétons de chanvre sont les produits les plus prometteurs, auxquels s'ajoutent
les parpaings, mis plus récemment sur le marché. Ces derniers peuvent aisément
être découpés à la mesure souhaitée. Ils ont en outre l'avantage d'être très
légers, donc faciles à mettre en œuvre.
Les parpaings
n'étaient pas encore facilement accessibles fin 2003, car il n'existait qu'un
petit producteur. D'autres projets de fabrication sont actuellement en cours,
au niveau européen.
Les moyens de mise en
œuvre des bétons de chanvre (ainsi que leurs qualités et limites) sont
maintenant mieux connus, d'où l'intérêt qu'ils suscitent.
On sait par exemple
que leur résistance mécanique est inférieure(7) à celle du béton
cellulaire (allégé par formation d'alvéoles ou de pores), mais que leur
capacité à se déformer est nettement supérieure. Leurs propriétés thermiques
régulatrices sont aussi reconnues, procurant une atmosphère plus agréable en
été comme en hiver dans la maison. En ce qui concerne l'isolation phonique, un
mur en chanvre banché 'nu' ne suffit pas. Il protège de la réverbération des
sons internes au local lui-même, mais les laissent passer d'une pièce à
l'autre. Pour assurer une isolation adéquate par rapport aux bruits extérieurs,
le mur doit être recouvert d'un enduit de finition à la chaux (chaux/sable ou
éventuellement chaux/chanvre). Cette couche finale donne aux murs une
température de surface élevée, renforçant la sensation de chaleur dans la
maison.
En effet, la température
de confort est le résultat d'une moyenne entre la température de l'air et celle
des murs. La différence entre elles ne doit pas dépasser 3°C pour garantir
cette impression de confort.
En 2001, les
organismes officiels français, dont ceux qui ont en charge l'énergie, ont enfin
manifesté leur intérêt pour ces nouvelles applications en bio-construction.
Aujourd'hui, le
principal frein au développement de l'utilisation du chanvre en construction
est un défaut d'assurabilité. En effet, celui qui
fait bâtir en chanvre doit payer des primes prohibitives pour jouir d'une
assurance, s'il parvient à en obtenir une! Son seul salut se trouve dans
l'assurance de l'entrepreneur qui peut garantir la maison construite(8).
Ce problème vient des
matériaux eux-mêmes, qui ne sont pas encore intégrés aux Documents Techniques
Unifiés français - DTU(9). Comme ils ne sont pas reconnus
officiellement, ils sortent du système d'assurance des bâtiments.
Pour corriger la
situation, les entrepreneurs doivent fournir des fiches et des cahiers
techniques sur les matériaux de chanvre et leurs modes d'utilisation. Cette
lenteur à obtenir une agrégation s'explique par le manque de moyens de
développement des firmes (modestes) qui les ont mis sur le marché. Comme leurs
matériaux étaient nouveaux, les pionniers de la construction en chanvre ont
avancé à tâtons pendant des années, avant de pouvoir définir les qualités et
modes d'emploi adéquats de ceux-ci.
En août 2003, les
acteurs des filières chanvre rassemblés à Montjean estimaient que leurs produits pourraient être
intégrés aux DTU dans les années à venir. A défaut, un "Avis
technique" peut être établi assez rapidement, via la description précise
d'une mise en œuvre adéquate. Une reconnaissance de ce type leur donnerait en
même temps la possibilité d'assurer leurs bâtiments normalement.
En juin 2004, il
n'existait pas encore de charte détaillant les qualités et les propriétés du
chanvre pour l'isolation. Cependant, un texte était en cours de rédaction par
les cultivateurs et transformateurs réunis dans l'association Construire en
chanvre, en collaboration avec les ministères de l'Agriculture et de
l'Environnement français. En 2004 à Troyes, l'Institut universitaire des
métiers du patrimoine (IUMP) proposait déjà des formations professionnelles sur
l'utilisation du chanvre dans le bâtiment.
(7) La résistance mécanique augmente cependant
avec l'ajout de fibres de chanvre à la chènevotte.
(8) Normalement, un entrepreneur agréé s'engage à
ce que sa construction satisfasse aux exigences pendant au moins dix ans. Dans
le cas de l'utilisation de matériaux en chanvre, elle n'existe pas; il faut
donc avoir recours à un entrepreneur agréé en construction (de maisons à
structures porteuses en bois, par exemple) pour pouvoir bénéficier de cette
assurance.
(9) D.T.U. (Documents Techniques Unifiés):
documents de référence sur la mise en œuvre des matériaux en France. Le chanvre
n'en fait pas partie parce qu'il n'était pas utilisé traditionnellement dans la
construction.
Des visites convaincantes
Nous sommes allés à
la découverte de maisons construites avec du chanvre. Toutes étaient
intéressantes, mais celle de M. Girandier a
particulièrement retenu notre attention. Il y habitait depuis quelques mois et
se réjouissait du confort intérieur qu'elle offrait.
Il nous a cependant
confié la difficulté qu'il avait eu à trouver les entreprises avec lesquelles
concrétiser son projet. Il a finalement fait appel à un entrepreneur agréé en
construction de bois, notamment pour éviter tout problème d'assurance. Sa maison
a donc une structure porteuse en bois, tandis que les murs sont remplis de
béton de chanvre projeté.
Le projet de M. Girandier a été conçu pour respecter l'environnement et
utiliser des ressources naturelles comme sources d'énergie dans la maison. Les
plans comprenaient ainsi la récupération de l'eau de pluie et le captage de
l'énergie solaire, mais aussi un choix judicieux de l'orientation des pièces et
des matériaux posés au sol.
Le chanvre est
présent dans toutes les parties de la construction sous forme de copeaux
mélangés à de la chaux, dans des proportions différant selon le type
d'application. Dans l'isolation du toit, on a utilisé un sac de chanvre pour un
sac de chaux de 22kg chacun, pour le remplissage des murs, un de chanvre pour
deux de chaux et, dans les sols, un de chanvre pour deux et demi de chaux.
Pour travailler avec
ce béton, il est conseillé d'utiliser une ossature en 'bois durable', c'est à
dire des feuillus –comme le chêne, le châtaigner,…-, ou du mélèze et du
Douglas, ces essences étant en outre, les plus résistantes aux champignons. En
réalité, d'autres bois peuvent quand même servir de structures car le béton de
chanvre les protège des agressions climatiques.
Dans cette maison-ci,
l'ossature a été réalisée avec du Douglas raboté. Le choix de l'arbre est bon,
mais idéalement, il aurait dû être employé brut car les rugosités permettent
une meilleure accroche.
En ce qui concerne le
toit, le lattis intérieur a été posé avant le béton de chanvre. Ce dernier a
été déversé dans les pans horizontaux et dans les soupentes inclinées, puis
simplement lissé à la taloche, avant le séchage.
Dans la foulée de la
pose du béton de chanvre, on a installé un pare-vent (sorte de papier poreux)
recouvert par une sous-toiture, elle-même coiffée par des ardoises. Cette
couverture doit s'effectuer rapidement pour éviter que le béton soit abîmé par
la pluie et que des auréoles apparaissent sur la finition intérieure.
Les
murs extérieurs sont protégés par un lattis de bois ou par un enduit de
chaux/sable.
Quant au sol, il est
constitué de plusieurs couches: la première, appelée hérisson ventilé, est une
épaisseur de 20cm de gros gravier (ou pierrailles) répandu sur un sol propre
(dégagé de la couche de terre organique); la deuxième, de 10cm, est en béton de
chanvre déversé puis égalisé; vient enfin la chape en mortier de chaux
d'environ 8cm (comprenant aussi du sable et du gravier).
Cette troisième
couche a la capacité d'absorber la chaleur du soleil et de la propager dans
tout le pavement, ici réalisé en terre cuite.
Du chanvre, du bois et un tapis en jonc:
on rêverait d'y vivre! - Photo ©Meve
A l'étage, on a placé
une épaisseur de 6cm de béton de chanvre pour l'isolation phonique, couverte
d'une chape de chaux de 3 à 4 cm sur laquelle est posé un tapis de joncs. Les
finitions intérieures des murs banchés ont été effectuées après environ trois
semaines de séchage, avec un enduit de chaux/chanvre.
La maison de M. Girandier: ses murs de chanvre extérieurs sont protégés par
du bois ou par un enduit de chaux/sable - photo ©Meve
Plusieurs aspects
nous ont frappés lorsque nous avons visité cette maison. Notamment la passion
que son propriétaire manifestait à l'égard des matériaux en chanvre: il les
avait choisis en connaissance de cause!
L'impression générale
dégagée par la maison était elle-même remarquable par son harmonie,
caractérisée par une qualité acoustique ainsi qu'une homogénéité d'atmosphère
et de chaleur exceptionnelle.
Quant à l'utilisation
du béton proprement dite, elle s'y est révélée incroyablement souple, puisque
la combinaison chaux/chanvre, dosée différemment a pu servir à de multiples
applications… En construction traditionnelle, on aurait dû utiliser de nombreux
matériaux de provenances diverses pour réaliser le même travail.
Enfin,
il faut savoir que, comme toute bio-construction, la réalisation d'une telle
maison coûte de 25 à 30% plus cher, compte tenu de l'investissement consenti
pour pouvoir utiliser les ressources naturelles (énergie solaire, eau de pluie,
…). En contrepartie, elle offre une qualité de vie et un confort totalement
différents de ceux d'une maison conventionnelle, sans compter qu'elle assure
une importante réduction des dépenses énergétiques.
L'atmosphère d'une maison en chanvre… -
photo ©Meve
Les sources:
- Dossier de la Maison Ecologique n°13, Fev/Mars
2003, Le chanvre dans la construction.
- Dossier Construction éco-biologique – AJENA, mars 2001.
- Témoignage recueilli en août 2003 auprès de M. Girandier,
à propos de sa maison bâtie avec du chanvre.
- Journée sur la construction, animée par l'association Construire en
Chanvre et de nombreux acteurs de la filière chanvre en France, en août 2003, à
Montjean-sur-Loire.
Construire en Chanvre, une association crée en 1997, regroupe des
chercheurs, des entreprises, des industriels, des architectes et maîtres
d'œuvre. Elle vise le développement de l'utilisation des matériaux à base de
chanvre mais aussi d'autres végétaux pouvant être employés avec des techniques
similaires ou complémentaires. Elle travaille également à rassembler toutes les
informations sur les réalisations déjà effectuées, afin d'en tirer des
enseignements sur leur évolution dans le temps (comportement et maintien).
Cette étude est destinée à servir de base de données de référence pour les
constructions futures.
Un bémol cependant, concernant Construire en Chanvre: tous les
administrateurs de cette association sont directement ou indirectement liés à
la commercialisation des produits de Balthazard&Cotte
Bâtiment, ce qui oriente largement leur discours.
- Témoignage d'Arnaud Evrard, Ingénieur Architecte belge, passionné par
la construction avec des matériaux en chanvre. Il a réalisé (en 2002) un
document de synthèse sur les propriétés physiques des bétons de chanvre pour le
compte de l'association Construire en Chanvre, dont il était administrateur.
Deux sites intéressants à
visiter car totalement consacrés au chanvre.
Vous y trouverez des articles sur les matériaux tirés de cette plante,
sur la construction en chanvre, mais aussi sur d'autres applications et usages
que l'on en fait comme le cosmétique, l'alimentation, etc.
Echos du chanvre (site français): http://www.echosduchanvre.com
Chanvre Info (site suisse accessible en français, allemand,
anglais et italien): http://www.chanvre-info.ch
Pour ceux qui voudraient
construire en chanvre
Page donnant accès à quelques adresses de fournisseurs en France: http://www.wonderchanvre.com/fichiers/construction.htm
En Belgique, la laine de chanvre (isolation) est apparemment le seul
produit commercialisé pour le moment: http://www.ecobati.be