Méconnaissance, lois arbitraires
et répression...
Texte ©Meve2005
En France, une enquête assez sérieuse sur le thème
de la sécurité routière et des accidents mortels vient d'aboutir. Elle se penchait sur l'incidence de la consommation d'alcool ou de cannabis au
volant. L'article le plus intéressant écrit à ce propos
est sûrement celui que le journal Libération a publié le 3 octobre 2005.
De cette étude ressort quelques points qui
méritent l'attention, certains se situant au-delà de son sujet.
L'augmentation de
risque d'accident représenté par un fumeur de cannabis n'est pas supérieure à
celle engendrée par un conducteur ayant bu en respectant la limite légale,
c'est-à-dire ayant un taux d'alcoolémie compris entre 0,2 et 0,5 gramme par
litre de sang.
Sous la pression des lobbies pharmaceutiques, les médicaments et leur influence sur le risque d'accident (*) ont été volontairement écartés de l'enquête. Cela prouve que l'intérêt privé peut très bien fausser une étude dite 'scientifique' et surtout que la sécurité routière n'était pas en définitive l'objectif primordial. Et pour cause…
Le gouvernement français a commandité cette enquête démarrée en 2001 pour justifier l'appareil répressif anti-cannabis qu'il comptait mettre en place. Sans attendre les résultats de celle-ci, il a voté une législation très dure qui est entrée en application au début de l'année 2003. Pour justifier leur croisade anti-joint, les autorités françaises s'étaient appuyées sur les chiffres (tout à fait disproportionnés) avancés par le lobby des toxicologues ayant des intérêts dans le marché des tests de dépistage.
En conséquence, la législation actuelle française prévoit une tolérance zéro pour le pétard au volant, sanctionné par deux ans de prison et une amende salée. Par contre, un conducteur ayant un taux d'alcoolémie inférieur à 0,5 gramme par litre de sang ne subira aucune sanction, bien qu'il représente un risque accru d'accident similaire. La différence de traitement est donc tout à fait inacceptable: pour des faits équivalents, l'un voit sa vie basculer tandis que l'autre peut poursuivre sa route sans souci!
Deux éditions de journaux flamands (la Flandre est la partie néerlandophone de Belgique) sont également éclairantes sur ce qu'est la presse, à savoir l'expression de l'opinion de certains et non le reflet d'une quelconque vérité objective.
Le premier article est publié par De Standaard et s'inspire directement de la dépêche de l'AFP (**), soulignant les points importants mis en lumière par l'enquête. Il correspond à peu près au contenu de l'article publié dans Le Monde. Le second, paru dans Het Laatste Nieuws, un journal connu pour son goût de la sensation, interprète l'étude pour fustiger l'herbe. Son titre est déjà évocateur "Le cannabis double le risque d'accidents mortels". La première phrase renforce cette idée affirmant que "fumer et conduire est une combinaison mortelle". Le fait que le taux légal d'alcool dans le sang représente un risque identique (***) est pratiquement occulté. Tout au long de l'article, la manière de présenter les chiffres induit des contrevérités, indiquant clairement que le but est de renforcer l'image négative du cannabis.
Enfin, un seul des quatre journaux (Libération) mentionne les pressions subies par les enquêteurs de la part des différents lobbies concernés par cette étude (toxicologues liés au commerce des tests de dépistage, gouvernement français, industrie pharmaceutique, etc.).
Il est remarquable aussi de constater que la partie francophone de Belgique est restée totalement muette au sujet de l'enquête en question.
(*) Certains médicaments sont pourtant
responsables de l'endormissement au volant.
(**) AFP: association France-presse, une des grandes agences mondiales de la presse.
(***) Selon cette
étude, l'alcool à un taux de plus de 0,5g par litre de sang représente
un risque d'accidents mortels nettement plus élevé, de 3 à 4 fois plus que le
joint.